Terminologie - Spirale de l'échec



Qui peut se vanter d'avoir suffisamment tapé dans l'oeil d'un éditeur pour qu'il l'encourage personnellement à écrire un roman, de passer 6 mois à l'écrire, de le lui faire lire, et de se le voir au final refusé ? Ou encore : qui peut se féliciter de voir un texte accepté, cette fois, par la directrice d'une revue qui, par manque d'agrafes, lui proposera d'attendre sa publication pour le numéro d'après, puis finalement sortira le numéro d'après en oubliant le fameux texte et son engagement à le publier, tout simplement ? Je vous aide : c'est le même qui, sollicité par un réalisateur pour produire la musique d'un film, et y travaillant de son mieux pendant dix mois (pendant lesquels il utilisera, pour plus de facilités d'échange, le service payant de sa plateforme musicale), reçoit finalement un coup de fil du réalisateur qui met abruptement fin à cette collaboration amicale au profit d'un autre musicien, torchant une bande son en une semaine, moyennant la rémunération que les réalisateurs ont fait miroiter tout le long au même nigaud dont je vais enfin dévoiler l'identité (j'écourte, sinon je sens bien que la colère fait perdre à ma prose autant de clarté que d'humour à ce ton primesautier qui fait mon charme).
Entre autres mille situations d'échec, et pour ne citer que les plus fraîches et finalement les plus stimulantes (ben oui, j'ai qu'à l'écrire, ce roman, si j'ai en moi de quoi en faire un mauvais, c'est que le bon finira bien par me tomber des mains - ben non, cette musique n'est pas perdue, et puis le texte, bah on verra) c'est moi - pour ceux qui en doutaient. Et qui n'est pas d'humeur à se plaindre, plutôt, à rêvasser et profiter du soleil et à se remettre comme ça un coup vite fait bien fait à un peu d'écriture parce que merde quoi ? - c'est moi. Qui est-ce que ça fait sourire ? Qui est-ce qui se dit qu'il a du bol, qu'il est le père d'une merveilleuse petite fille, l'amoureux d'une femme qui lui donne le courage et la joie d'enquiller, quoi qu'il arrive et surtout quoiqu'il n'arrive pas - qui est-ce qui aime ce printemps-là ?
Je mets fin (abruptement, par un coup de fil, en tant que réalisateur de mes propres spirales) à la rhétorique du qui c'est, c'était probablement lourdingue dès le début comme procédé, mais, entre nous, je suis dans un blog, je m'amuse, j'essaie des trucs, je fais passer ce que j'ai sur le coeur ou en tête, et je m'en fous si ça fonctionne à moitié. Je voyais l'indie pop comme ça, tiens, jusqu'à un certain hiver. Je vois la vie comme ça, et je commence à m'habituer à ce que ça ne mène pas souvent au succès, au succès comme on l'entend, au fait d'être écouté ou lu par des gens qui te connaissent pas et d'être gratifié par l'estime de gens réceptifs et, euh, même un peu de sous des fois.
Je ne parle pas de loose, mais bien d'échecs - ce n'est plus de mon âge, de ricaner des plans foireux des uns et des autres, et puis ce n'est plus tellement mon sentiment non plus, comment dire ? C'est sûrement marrant en fait, mais ça aboutit (pour des sentimentaux dans mon genre) à des relations qui te ruinent une carrière en moins de temps qu'il ne faut pour prononcer "carrière" (car il en faut, du temps, moi par exemple une bonne vingtaine d'années). Je n'ai pas l'abnégation d'un clown, et ce que Machin voulait dire lorsqu'il s'amusait (amicalement, affectueusement, il m'en assurait et j'en étais persuadé) de mes looses, de ma loose, c'est que c'est bien pour ça qu'il me prenait. Je suis pas assez bon pour être un clown à temps plein. Je veux parler de jolies choses entre deux coups de pied au cul.
Ca me va comme formule de fin, je suis dans un blog et pis je devais faire un cv.