Transit genius

 


Rester immobile à observer le trafic devant la gare, le ballet des tramways, les gens qui passent, lents, super rapides sur la trotinette électrique, avec le casque coquillage aérodynamique, dans cette sorte de stature grecque, cette fierté électrique, et puis le parc et tous ses coins d’ombre, et tous ces gens, tous ces gens, les voir passer et regarder la ville sans rien vouloir, la ville sans rien vouloir En transit vers la mort, de gare en gare, le bonheur diffus d’attendre un train sans retard et surtout sans nécessité le bonheur diffus de se laisser fondre Le bonheur fondu qui compensera l’horreur du latte matcha, je ne voulais qu’un thé et j’ai eu ça Peut-être que c’est joli de vouloir ne rien vouloir mais que ce n’est pas exactement la même chose que de Ne rien vouloir - le célèbre Ne rien vouloir En tout cas c’est joli la gare l’arrière-gare où ne passent pas les trains Le carrefour de tout humain J’ai laissé guider le génius de mon ipod récupéré me guider l’oreille Polyphonie médiévale à l’arrêt, Einstuerzende Neubauten au nouvel embarquement J’ai la sensation de partir cent fois jamais pour le même voyage J’ai la sensation de partir cent fois jamais pour le même voyage

Je ne coupe jamais genius, vieille technologie tendre
je peux le mettre en pause mais je le laisse continuer toujours
il y a de la nostalgie dans mon regard lent et vide sur les mouvements de Montpellier, sur son ballet en bord de gare
et comme les trams elle passe et s'aiguille ici ou ailleurs comme un chien, à la caresse, à l'odeur 
comme un genius nostalgie passe en shuffle et passe le relais à d'autres bruits de vie
comme un chien genius de vie vous m'avez compris
j'entends qu'on parle d'être seul à côté, dans le parc j'ai senti ça
pour la premiére fois peut être
je sens que je ne peux être seul et j'aime ce que je ressens là
sans la faim sans la soif c'est peut-être abominable
de se faire vagabond intérimaire sans qu'il en coûte rien sans rien savoir
c'est sans doute ça bourgeois bohème
mais si c'est juste un moment das ma tête
ça va tu crois ?

Genius s’est tu et j’ai marché pour écouter une chanson qui fait du bien, au milieu d’une foule qui fait du bien
Maintenant que je n’en fais plus partie je goûte aux bains de foule, mais qu’est-ce qui fait que je n’en fais plus partie et que ce soit d’un coup si léger de vivre
Suis-je déjà mon fantôme, mon joyeux fantôme enfantin
Oublie de venir un an et plus personne ne te reconnaît plus
Oublie de venir deux ans de vie et tu ne te connais plus
J’ai eu des questions et j’avais des réponses
J’ai moins de questions maintenant et je me sens flotter dans l’air comme la réponse à une question que personne ne pose
Ou bien tout cela est une sorte de slam dont il faudrait se moquer
Celui qui se moque est bien mort aussi et pour tout dire
Je ne le regrette pas
Ces amis étaient faux et fuyants, faux fuyants
Et dans ce monde d’apparences jamais maître des tiennes
Tu souffrais de n’être pas à la hauteur de ce que tu étais seul à exiger
C’est loin tout ça
Presque aussi loin que le bar où tu es d’où tu dois aller
Dormir





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