Transit genius

 


Rester immobile à observer le trafic devant la gare, le ballet des tramways, les gens qui passent, lents, super rapides sur la trotinette électrique, avec le casque coquillage aérodynamique, dans cette sorte de stature grecque, cette fierté électrique, et puis le parc et tous ses coins d’ombre, et tous ces gens, tous ces gens, les voir passer et regarder la ville sans rien vouloir, la ville sans rien vouloir En transit vers la mort, de gare en gare, le bonheur diffus d’attendre un train sans retard et surtout sans nécessité le bonheur diffus de se laisser fondre Le bonheur fondu qui compensera l’horreur du latte matcha, je ne voulais qu’un thé et j’ai eu ça Peut-être que c’est joli de vouloir ne rien vouloir mais que ce n’est pas exactement la même chose que de Ne rien vouloir - le célèbre Ne rien vouloir En tout cas c’est joli la gare l’arrière-gare où ne passent pas les trains Le carrefour de tout humain J’ai laissé guider le génius de mon ipod récupéré me guider l’oreille Polyphonie médiévale à l’arrêt, Einstuerzende Neubauten au nouvel embarquement J’ai la sensation de partir cent fois jamais pour le même voyage J’ai la sensation de partir cent fois jamais pour le même voyage

Je ne coupe jamais genius, vieille technologie tendre
je peux le mettre en pause mais je le laisse continuer toujours
il y a de la nostalgie dans mon regard lent et vide sur les mouvements de Montpellier, sur son ballet en bord de gare
et comme les trams elle passe et s'aiguille ici ou ailleurs comme un chien, à la caresse, à l'odeur 
comme un genius nostalgie passe en shuffle et passe le relais à d'autres bruits de vie
comme un chien genius de vie vous m'avez compris
j'entends qu'on parle d'être seul à côté, dans le parc j'ai senti ça
pour la premiére fois peut être
je sens que je ne peux être seul et j'aime ce que je ressens là
sans la faim sans la soif c'est peut-être abominable
de se faire vagabond intérimaire sans qu'il en coûte rien sans rien savoir
c'est sans doute ça bourgeois bohème
mais si c'est juste un moment das ma tête
ça va tu crois ?

Genius s’est tu et j’ai marché pour écouter une chanson qui fait du bien, au milieu d’une foule qui fait du bien
Maintenant que je n’en fais plus partie je goûte aux bains de foule, mais qu’est-ce qui fait que je n’en fais plus partie et que ce soit d’un coup si léger de vivre
Suis-je déjà mon fantôme, mon joyeux fantôme enfantin
Oublie de venir un an et plus personne ne te reconnaît plus
Oublie de venir deux ans de vie et tu ne te connais plus
J’ai eu des questions et j’avais des réponses
J’ai moins de questions maintenant et je me sens flotter dans l’air comme la réponse à une question que personne ne pose
Ou bien tout cela est une sorte de slam dont il faudrait se moquer
Celui qui se moque est bien mort aussi et pour tout dire
Je ne le regrette pas
Ces amis étaient faux et fuyants, faux fuyants
Et dans ce monde d’apparences jamais maître des tiennes
Tu souffrais de n’être pas à la hauteur de ce que tu étais seul à exiger
C’est loin tout ça
Presque aussi loin que le bar où tu es d’où tu dois aller
Dormir





Vous n'allez pas croire ce poème

 J'aimerais écrire comme l'IA de storytelling qui l'autre fois m'a tenu en haleine pendant quelque chose comme une heure

Lorsque le poète déclare qu'il aimerait écrire comme l'IA

notez bien qu'il n'a pas dit qu'il aimerait écrire comme l'IA, mais plus spécifiquement comme cette IA précise qui l'a tenu en haleine

il ne dit pas "passionné", ou même "intéressé", il dit

"tenu en haleine", et c'est la force du poète que de nous faire voir, littéralement dans ces quelques mots,

"tenu en haleine", de nous faire voir un lecteur sous l'emprise, assoiffé de sens, de vérité.

Il faut savoir que son enfance dans le Nevada ne fut pas facile. L'oncle Thom avait tout du voisin débonnaire, amateur de thé à la menthe et d'écureuils farcis : mais dans le cahier noir du poète, à la page 675, quelqu'un d'attentif, n'importe quel lecteur ordinaire que la fantaisie aura pris de feuilleter son autobiographie "Loin en arrière dans le Nevada, mais pour toujours" - on notera le titre énigmatique et puissamment évocateur de cet ouvrage qui fut qualifié par les critiques, pour les uns "de chef d'oeuvre de sensibilité", pour les autres, d'"inommable bouse"... Le temps aura bien départagé les fautifs de ceux qui voyaient juste ! 

N'importe quel lecteur attentif aura remarqué, page 675 de l'ouvrage, une mention mystérieuse de la "barbiche de Monika". Référence à Bergman ? Ou bien, un détail infiniment plus révélateur de la vie personnelle du poète, puisque le chien lui avait mordu le mollet, et le médicament en vente cette année là, qui fut retiré après à peine trois mois d'exploitation et plusieurs plainte pour mort subite et mal de dents, s'appelait précisément Monikophrégon ?

Mais quand il se rendit compte, après quelques années à Montpellier, après des années, des décennies en fait, à abreuver, caresser, gratouiller et incidemment chatouiller cette passion qu'il conçut, pour la musique, l'esprit, le goût de Pascal Comelade, que sa reprise de Faust, The sad skinhead - d'une actualité hélas jamais bien démordue, comme dirait le chien, était en mesures impaires rares, à sept temps pour être précis, il lui prit l'envie de réécouter l'original pour s'assurer que la chanson originelle était elle en 4/4 conventionnel, ou le cas échéant, pour s'assurer que non, mais il eut un sourire en pensant que le mystère ne s'arrêtait jamais quand il s'agit des choses qu'on aime, au fond, et qu'impair ou pas, il était temps d'arrêter ce jeu à la con. 


Para ver as meninas

 Alors si est-ce que je parlerais de cette chanson, je ne la sais toujours pas jouer mais d'apprendre j'en trouve toujours quelque chose comme qui dirait à penser
j'ai cru écrire un livre tantôt de cette chanson mais je m'a suis trompé
ce n'était pas le bon livre et pas la version originale
ce n'était pas ma version originale de la chanson que je m'en suis trompée
c'était Marisa Monte, ah magnifique c'est vrai
mais la gravité même de sa version, sa version finalement plus fado que samba,
sa douleur, c'était, c'était l’œil ouvert c'est-à-dire le clin d’œil inversé
j'ai cru être profond en m'enfonçant dans la profondeur
mais je n'ai fais qu'enfoncer ma légèreté ce qui donne oh
tien le Muray/Lévy de mon frère que j'ai laissé dans la boîte aux livres de l'épicerie fermée
ce qui donne grinçons il en restera toujours quelque chose
ce qui donne qu'il n'en reste rien qu'une honte de n'avoir pas su chanter 
grincer dans le sens du vent n'est jamais bon et Muray et mon grand frère se trompent mais c'est un autre sujet
le sujet c'est comme le titre, celui de la version c'est un Samba sur l'infini
beau titre mais l'original est Pou mater les nénettes
bon il y a un r normalement mais j'aime cette faute de frappe créolisante
l'originale version n'a rien d'embourgeoisé et tout d'étranger à soi-même même
l'ode à la légèreté et le samba sur l'infini vont de pair et le versant Monte touche direct c'est vrai
mais le versant Paulinho da Viola fait goûter le mystère vrai sans y toucher
la chanson s'attarde comme ça sur des mots ambigus et flottants, des mots vagues qui en disent d'autant long
defeitos
défauts, manquements, mais aussi un peu 
défaites, défections
je ne veux plus entendre parler de mes 
defeitos
c'est la chanson et j'aime cette pause
même s'il faut savoir que je ne maîtrise pas aussi bien le portugais
que je le rêve
je le rêve très bien et je me plante peut-être sur ce mot
mais j'aime ce plantage plus vrai que
réécrire un Samba sur l'infini en oubliant de mater les nénettes
la beauté de cette chanson est son ambivalence légèreté (souhaitée, chantée)
gravité de la rupture et de la mort
comme dans toutes les bonnes chansons c'est de la mort qu'il s'agit 
Marcia Baila si tu nous entends
bon je m'égare mais comme il faut
"ce type d'amour
décontrac-té"
parler d'un kind of love dans une chanson d'amour, je ne connais que Lou Reed qui s'outrecuide à ça
et ce vague à l'ême à tout, ce vague aux mots aussi, se traduit dans ces harmonies retombant comme il faut mais tronquant, dispersant, délayant leurs résolutions inévitablement attendues
"une pause de mille temps" ou "mille mesures" peut-être
oui comme Brel par hasard
une suspension longue traduite harmoniquement mais coquine dans l'originale et plus appuyée, plus conceptualisée dans la version de Marisa Monte dont non je ne dirais pas de mal car je n'en pense que du beau
le truc c'est dingue c'est d'avoir mis autant de temps en tant que musicien à me décider à me pencher sur les accords de cette chanson
sur comment elle est foutue pour de vraie, comment composée, 
sans me rendre compte que je me murais exactement comme ce dont la chanson parvient à sortir son personnage
je me mure dans un mystère qui n'est pas vrai
qui est une composition, une composition que je ne savais pas jouer dont je ne savais pas de quoi elle était faite
je mate les chansons comme le type de la chanson mate les meninas
sans méchanceté bien sûr, sans perversité dégueu mais en s'enfonçant dans une mollesse qui n'est que jouée
puisque la chanson elle, qui elle est bétonnée jusqu'au plus fin détour, est là

Kundera parle de ça en fait
du dénigrement du léger qui fait office de philosophie
et je risque de revenir à Muray, pitié non
mais bon en tout cas je ne connais pas beaucoup de chansons sur ça
et
la voilà
elle parle de ça aussi, à la fois :
calme le jeu, descends de tes grands chevaux
sors du cercle reproche et trahison et patati patata
dégonfle, mec
et en même temps :
bosse donc, mets toi à l'écart serre les dents
et profite d'une pause de mille temps
pour peaufiner dans ta peau ce samba sur l'infini

(Bien sûr ce qui sautera aux oreilles est l'injonction paradoxale au silence

et la chanson est aussi une carte postale de ce paradoxe-là, de ce nulle part d'où l'on nous écrit

je n'en parlerai sans doute pas une autre fois)




havane

 Je réécoute parfois de vieilles chansons à moi et je me dis

ah ouais pas étonnant qu'on m'ait soupçonné d'être de droite

je l'étais je crois sans le savoir

ce qu'il y a c'est qu'on ne trouve ni dans la gauche ni dans l'art de gauche la moindre complaisance à  l'égard des cœurs brisés

ce qu'il y a c'est qu'avant de devenir le vieux débris du patriarcat que je suis aujourd'hui

je fus d'ores et déjà jeune débris du patriarcat

 

la formule vipérine et le coup de froid glaçant condescendant

j'ai été élevé dans une mentalité de colon expatrié finalement

finalement c'est ce que j'étais mais de quoi je ne savais pas

 

ces trucs grattent un peu, je laisse ça par là pour l'instant

je dois sortir

faire des nuages de fumée 

tiens dieu est un fumeur de havanes

faut-il passer par la conscience de classe pour se rendre compte qu'au fond 

c'est une chanson un peu con

tout gainsbourg a vieilli d'ailleurs

pas ce son de basse mais à peu près tout le reste

bah

on en recausera ou pas 

 

mais il faut dire aussi 

que j'ai ce type de cœur brisé très casse-couilles 

auquel la complaisance ne suffit jamais

que la complaisance même recroqueville 

mécontent qu'on l'encourage et hargneux qu'on le nie

j'ai un cœur brisé qui me ressemble beaucoup

 

mettons qu'on y soit et que je sois face à ce que je fais de ce que je ressens

que j'appelle comme ça par facilité tout en haïssant cette facilité aussi

cœur brisé ben voyons c'est bien commode et gros chagrin

 

mettons qu'on y soit et alors 

que ferais-je de mieux si j'y étais encore

 

bonne figure

sans doute bonne figure encore

cœur brisé bonne figure

range ta complaisance et range ta solidarité

il n'y a pas de bonne cause et je suis fauché

mais je sais faire chanter

ce vide en moi vibrant

 

 

 

 

 

 

sans titre

 N'use pas tes poèmes, mec

n'use pas tes poèmes sur des conneries pareilles

 

c'est ce que je me dis souvent mais

en étant en train de le faire

 

la vérité est que j'ai usé mes poèmes à chaque fois

mes poèmes sont cette usure même

 

et je me suis retrouvé à frotter avec ces bouts de poèmes udés

 

et je ne sais plus ce que je voulais dire je dois ranger les courses

 

urgences congélo

 

pffff 

 

donc j'ai usé mes poèmes jusqu'à la corde

jusqu'à ce que le bout grattant fasse des bouloches vertes 

un peu comme un vieux pull d'hiver en laine mélangée et surtout très usée

j'ai usé j'ai usé j'ai fait usage et usure j'ai usu fruité et encore

pressé le jus de l'usufruit et compressé le citron jusqu'à ce que

 

il ne reste de moi qu'un fil tu sais

je tiens à ce fil je l'aime et le chéris ce fil

 

bien portant pourtant mais peu supportant

je suis un fil de fer très fin non tiens

 

une corde de cavaquinho mais vieille et oxydée de l'air marin d'une alguna costa brasileira

 ou quelque chose comme ça

quelque chose comme samba

bah

 

je devrais m'user moi plutôt que d'user mes poèmes à ça

ou vice-versa 

 

 

Allégeance

Vieilles figures

j'ai voulu venir

et j'ai vécu souvent le rejet des cons

sans me poser la question de pourquoi en premier lieu j'avais voulu

l'acceptation la caution des cons

n'étais-je pas ne suis-je pas encore

un peu con ?

Je vous le demande à vous lecteur ou lectrice pour votre intelligence cela va de soi

et la clairvoyance dont vous faites preuve à mon égard

votre beauté aussi on peut en parler

écoutez

vous m'intéressez terriblement

vieilles figures

de séduction

me tripotant au fond des rayons

sous les éclats de rire de mon mentor

 

mentor

icônes

vieilles figures vieilles figures et vieux schémas

comment ça va

vous me semblez lourds ces temps-ci

c'est vrai que j'ai dû laisser

quelques cheveux sous la douche en 1994

maintenant je n'ai plus ce problème ah ah

ah ah

vous ne riez pas bon

vous voulez bien qu'on passe encore de longs mauvais moments ensemble

j'amène mon silence

je peux faire mon sourire agaçant aussi

en fait je me découvre avec vous vieilles figures

un potentiel d'agacement que je ne me soupçonnais pas

une respiration de moi vous fait lever les yeux au ciel

allez salut vieilles figures

je vous laisse à vos récriminations sans rajouter les miennes

sinon hein

on n'en finit pas (sourire agaçant, lever les yeux au ciel)

 

vieilles figures, vieilles amitiés

quelle drôle de chose que de vous

consulter

grosses disputes vertigineux clashs et moments tendres et

nous voilà sur un trottoir de Croix-Neyrat à attendre le bus retour à 6h du matin après un concert

et me voilà dans le siège passager à penser "mais quelle foutaise"

"on a pensé qu'il valait mieux te laisser seul"

et te voilà à te rouler par terre sur scène, exprès,

ah tiens voilà le brownie industriel dans la voiture en premier repas de répète

oh mais là c'est plutôt la dispute avec la rancoeur

avec un fond politique mais

de quel bord déjà moulinois je pense

à moins que cette odeur soit celle de

rha j'ai oublié le on vers Saint-Étienne

Prolos transfuges de classe passés bourgeois snobs et skins

canapé affalé où nous écoutions Chokebore

les premiers disques d'Eliott Smith

Shellac et autres albinismes

"y'a une bouteille d'éther dans les toilettes"

"tu aurais dû rester après ta journée d'essai chez

machin - tests de panels de consommateur marketing à la con"

(je suis sérieux, c'est ta vraie voie)

insécurité du gars je fume et puis je fume pas

moi au bout d'un moment je parle de ma mélancolie comme d'un jeu vidéo

mon loisir principal et coûteux, ma playstation à moi

et je propose de m'abîmer et m'humilier dans des histoires d'amour sans fond

c'est-à-dire sans contenu tel un

Narcisse sous l'eau

(merde, elle est bonne celle-là)

 et là toi tu proposes comme une carte :

"tu aurais pu faire un effort pour t'adapter, le marketing au moins

c'est bien payé"

"le phoning c'est pas si mal"

"le putassing c'est interesting"

je pense à toi mon pote

et ça fait une émotion chouette

de penser à la fois à ce que j'ai haï et aimé, ce qui nous a unis et fait déguerpir

sans plus juger

je trinque à mon absence de jugement là-dessus 

enfin je trinquerais mais c'est bien connu

 

jamais avec un verre vide 

 

 

 

 

Yeux

 Une chanson d'amour 

sans je ni tu

qui commence par "personne"

et se termine par "seulement"

écrite autour de 2013, une version d'aujourd'hui avec des samples de la première version parue dans le "Projet fuligine". Margit car c'est le doux nom de ma lapsteel, Elek pour les machines Elektron :

https://witoldbolik.bandcamp.com/track/yeux-margit-elek-edit-26

Personne n'a tes yeux sur mes yeux
Personne n'a mes yeux pour tes yeux
Ils luisent et scintillent étincellent et frémissent
Ce soir à l'instant
Ils brillent et pétillent et projettent et vacillent
ce soir seulement

Bien avant d'entonner la berceuse
voilà les tiens qui se sont fermés
Quand au matin ils se rouvrent un à un
la fatigue plisse déjà les miens

Ils se croisent et se fuient 
ils se floutent et s'essuient 
et comme leurs rayons fondent
la lumière se noie

Personne n'a mes yeux sur tes yeux
Personne n'a mes yeux pour tes yeux
Ils clignent et tamisent et tremblotent et dévient
ce soir à l'instant
Ils dansent et s'agitent et projettent et vacillent
ce soir seulement

https://www.youtube.com/watch?v=B2DfSv6pIEM

 

 

 

parage

c'est bon de croiser quelqu'un qui a la rage d'écrire

c'est bon de se retrouver cette vieille rage d'écrire

c'est ce qu'il y a de bon à tirer de cette journée

de ce séjour galactique de cette lente avancée flippante comme d'un tank sur un boulevard désert

ce qu'il y a de bien à tirer de la pompe repoussoir 

de l'abribus draîné de taches noires d'huile 

laissé de la dernière session des canadairs d'oxydes

c'est bon de croiser le fer c'est bon de croiser

dans l’œil même avant le mot

l'envie d'en découdre d'en déchirer

du papier et du déchet relationnel toxique

l'envie d'en rêver d'au-delà du dégueu

l'envie d'en faire du texte du tissu l'envie d'en recoudre

c'est bon d'entendre ça à ce moment là

pourquoi je noircis ces pages je sais pas ce qui me prend

je suis conne ou quoi 

merci de ça

tu restes seule là-dessus mais on est avec toi

d'autres atteints d'autres écumants d'autres ah mais foutez-moi la paix

lance le truc et vas-y

et je dis ça pour moi aussi même si 

Lassie chien fidèle

merci quoi 

 

 

nouveau matin

J'efface et je reprends

maintenant je vais faire ça

si je n'expérimente pas là où le ferais-je

 

je n'aime pas repenser et comme relire du souvenir

je me sens suffisamment en dessous pour ne pas vouloir refaire ce que je fais dans la vie en écrivant

 

corriger ça va

c'est être là que je voudrais 

 

d'ailleurs coléoptère

c'est plutôt le mot par lequel ce poème et la journée commencent

et également

Personnage

 

dans le lien entre ce Personnage au genre et à l'identité encore indéfinis

et ce coléoptère qui volette tout en vire-voltant

et qui vire donc tourne tout en tournant-volant

et qui donc à l'instant vole d'un coin à l'autre d'un regard ouvert d'un 

personnage tout ouvert aussi à l'instant

dans ce lien ténu entre deux choses qui bougent tout autant

l'un dans l'espace et l'autre dans l'idée

dans le lien virevoltant entre ce qui vire et ceux qui volettent

dans le lien pluriel entre insecte et les incertains incertaines

c'est dans ce mouvement-ci que s'inscrit le matin

que s'imprime le matin

que le matin se fait empreinte

 

c'est cela que je veux décrire 

ce qui passe et ce sur quoi le voudrait-on qu'on ne pourrait pourra peut

revenir.

 

c'est un feuilleton d'éphémères où rien n'arrive en somme parce que tout est là déjà 

tout est là et en train de s'en aller

en un mot

c'est

parti 

 

mettre à jour le matin 

c'est comme ça que ça marchera 

 

 

 

Lettres de L. - 3

 C'était marrant de voir les enfants jouer avec un gros ballon de rugby, ça avait même pas l'air trop dangereux, et puis le sentiment que ça donnait (à part la définition kunderienne du kitsch, 1 voir un enfant heureux de jouer - 2 se sentir en phase avec l'humanité qui ressent la même chose) oscillait entre un micro-chauvinisme pépère, disons un esprit de famille, et le sens de l'absurde (ballon ovale, et, quoi, cages en forme de cœur ?), et alors, je me suis dit, tiens, j'ai pas d'enfants j'ai du temps je vais écrire cette histoire, ce serait bien une fois de raconter une histoire qui aille ailleurs que la noire désespérance qui finit par suer de nous quand on lit chaque jour les infos, qui aille ailleurs, kyayayeur, qui aille ailleurs que chercher des convictions des idées des semblables et des trucs à vaincre, quelque chose qui aille ailleurs que le combat de cape et d'épées d'idées, de capédépédidé, kyayayeur, mais bon, à part le ballon pas rond c'est rien de fou, juste là et c'était la kermesse de l'école, on après c'est, ça permet aussi de parler de Thomas l'emprise, de cette désespérance noire qui suinte quand je vais chez Thomas qu'on parle et que c'est l'amitié le partage sauf que c'est comme se tirer vers le bas malgré soi, tirer un coup des fois, se sentir seule au milieu du monde ça on connaît hein, et se sentir seule au milieu de toi, au milieu de Thomas ? alors, ça ne fait pas trop il était une fois comme histoire mais c'est aussi bien tu ne trouves pas ? Thomas, faudra que j'en parle. J'avais l'histoire en tête d'un père qui déménageant dans la même rue finit par ne plus reconnaître ses propres enfants qu'il croise tous les jours, c'est-à-dire qu'il les reconnaît bien sûr et leur dit bonjour mais ils sont effacés de sa carte mentale, il les voit sans les voir, avec un regard vide comme on dit, il a le regard vide du mec sous emprise et il est tellement parti ailleurs qu'il se dit à chaque fois : "tiens, c'est mon enfant", sans rien d'autre, sans ce sentiment (je viens de lire sur le site de l'Assemblée Nationale l'amendement "interdire les sentiments" déposée par LFI sur la loi visant à interdire le mariage pour les OQTF, bref, ça n'a pas dû durer une seconde avant de capter le second degré bien sûr mais dans cette seconde j'aimais tellement comme ça sonnait simple et soulageant, "interdire les sentiments"), sans rien d'autre que le constat sec de la vision. Tiens, une personne à charge ! C'est qui ? Ah oui, L. Ben oui papa, c'est moi, ta personne à charge. 

Lettre de L. - 2

 Walter (il était hors de question d'appeler mon chat autrement que Walter

c'est une histoire parallèle que je vous raconterai un autre jour)

s'est dressé sur le coussinet de sa chaise tel le sigle de la CNT  

mais en Walter, enfin en marron noisette quel que soit le nom qu'on donne à la couleur de Walter

Tendu, plastique, musculaire et vénère 

Prêt à lacérer l'ordre établi et à grincer à contre-courant 

(Walter grince toujours plus qu'il ne miaule) 

 

C'était la première fois que je le voyais faire ça, je lui ai demandé

"T'es colère, Walter ?"

Il m'a regardé s'est figé 

puis s'est remis en boule

après cette brève incartade révolutionnaire  

Tel un chat tout mou qui dort

Tel un Walter, pleinement égal à lui-même

La porte d'univers parallèle où il s'était hérissé par mégarde 

s'est refermée cependant

aurait-il été à fond Walter sans cet avant-goût d'un autre chat qu'il aurait pu être

aurais-je dû l'appeler Schrödinger

non mon ptit Walter je veux pas t'imaginer mort

dans aucun autre univers je préfère le déni là

mignon ptit Walter à moua gouzi-gouzi 

 

sinon je n'ai pas dormi cette nuit et j'ai une copine qui suce un vieux ces jours-ci


(je te rassure Pamela qui ne s'appelle pas comme ça
on n'est pas fâchées au point que j'écrive une vaste fresque poétique intitulée 
Pamela suce des vieux !
mais tu me dois toujours deux cents balles)

et me dit que le sperme change de goût avec l'âge
plus d'acide plus d'amer plus d'umami ou je sais pas
moi j'ai toujours trouvé un goût de savon chimique à ça
savon avec un vieux goût de pisse quand même

oh mec c'est le meilleur savon que j'ai jamais bouffé
dé-li-cieux
la meuf avec des bulles
smells like sanex

my ex smells like sanex

parce que bon j'en suce pas tant j'avoue
et puis ça sonne 
 
L'autre fois je fais la vaisselle
et je repense à l'oncle
 
l'eau s'est montrée brûlante
quelque chose dans ce style
l'eau lentement s'est mise à me dire je te brûle
et je l'ai laissée
me brûler
 
personne n'a voulu voir mais j'ai appelé
seulement j'ai dû appeler longtemps
 
j'appelle encore souvent la nuit
j'appelle dans le vent 
 
campagnes famille et ces dimanches
brûlez 
 



Lettre de L. - 1

Rétrospectivement (mais trop !)
à voir comment ça s'est tari vers 40
à voir comment mes personnages me ressemblent
je me demande parfois si mon unique sujet, ma seule source d'inspiration
n'a jamais été au fond que mon propre
(et magnifique) corps
(tant qu'il fût magnifique)

(doute grammatical)

(doublé d'existentiel)

c'est pourquoi ce matin je me mets au défi

je suis une jeune fille pas extraordinairement belle
pas complètement moche non plus

il ne m'arrive mettons 
que deux aventures érotiques
non, une aventure érotique
par mois

encore qu'une bonne moitié (disons) des fois
ce soit plutôt à classer dans la catégorie "plan foireux"

mais eux ont l'air toujours contents

ceux de mon âge ont l'air globalement contents

j'ai un pote plutôt dépressif lui
je vous rassure je vais pas trop parler de lui
au cas où vous ne m'ayez pas vue venir

d'ailleurs
ni cette amitié
ni ces aventures érotiques/plans foireux
ne sont au centre de ma vie

(d'ailleurs je souris car j'ai tapé trop vite "aventiures érotiques/plans foirux"
et je ne sais pas
plans foirux ça fait nom de magasin
comme la foire fouille

bienvenue au multiplan Foirux
aka ma vie sexuelle
passons je disais rien de tout ça n'est au centre)

mais alors
au centre au centre
au centre quoi

et d'ailleurs à part pas François,
je m'appelle comment moi

Linda

Laure

Laura

Lauranne

Lorelei

je m'appelle L. comme dans le film du gars qui n'est pas Chris Marker je crois
Romain Goupil voilà

(en sortant de la salle j'entendais une fille demander à celui qui l'avait accompagnée au cinéma : "c'est bien ? Est-ce que c'est bien ?", pas "est-ce que ça t'a plu ?" ou "qu'est-ce que tu en penses ?" ou "tu as trouvé ça bien ?", juste : "C'est bien ?" - elle semblait vraiment souhaiter qu'il tranche pour elle - elle ne devait pas bien connaître encore les hommes)

au centre de ma vie quoi

ma passion c'est

la droite villepiniste modérée s'il en reste et portant bien le costard
non je blague
free Palestine
oui aussi mais non pas au centre de ma vie

cela dit si l'engagement m'importe plus que
mon pote dépressif

et je n'ai pas peur de dire que je suis à gauche

je ne tremble pas de tous mes membres quand j'écris ça

jeune femme je sais pourquoi je ne me sens pas embarrassée de lutter pour mes droits
jeune femme je ne tourne pas autour du pot par rapport à ça
mais cela dit

je ne crois pas que ce soit le centre non plus

et si l'on disait que je vais raconter des histoires et que pour le centre on verra après
c'est bien ça non ?

A moins que vous préfériez
"salut je suis un vieux gars de cinquante ans je suis gros je suis triste bouh et j'ose pas trop m'élever contre l'injustice parce que j'ai l'air d'un con quand je fais ça" ***grattage de couilles discret***

vous me dites hein
ou pas

Phèdre

 Acte 1

 

 C'est un truc de niche

La dernière fois que j'ai entendu ça j'ai fait
bah

et je suis resté coi

c'était il y a combien de mois déjà

ce matin - l'esprit d'un escalier qu'il aurait fallu combien de mois déjà pour descendre

je me dis que j'aurais dû répondre que je viens de l'underground
je viens littéralement d'un souterrain où quand moi ou quelqu'un d'autre disait une connerie
ou déployait une représentation du monde erronée fallacieuse trompeuse illusoire
on pouvait en causer

ce n'était pas le schéma d'hollywood c'était le voisin d'en face qui parlait ou chantait sur ses peines de cœur
et que le spectateur son voisin symétrique venait voir en disant tu charries

en l'écrivant je me rends compte que c'est plutôt une constante chez moi
ce sentiment d'être dans l'erreur

(quand je ne fais qu'y penser ou le ruminer sans l'écrire, j'ai toujours la sensation que c'est provisoire, que c'est un état d'âme parmi d'autres
mais en l'écrivant l'idée me vient que c'est tout simplement l'état, l'unique l'état solide de ce qu'il me convient d'appeler mon âme)

Je pensais à Phèdre l'autre fois avant de le lire
Je pensais que Phèdre représentait le désir féminin dans ce qu'il a de dévorant et d'embarrassant
et de tout puissant

et puis je me suis douché par la pensée (j'étais en vélo, seules méditations de jeune parent possibles)
je me suis douché comme on le fait dans mon pays merveilleux de l'underground tel que je le rêve

pourquoi pas le désir humain

pourquoi refiler le bébé de l'embarras de la dévoration et de la toute puissance tragiquement impuissante
aux seules gonzesses

d'où le sentiment d'être dans l'erreur
et le sentiment que c'est bon de le savoir
que c'est bon d'en parler
ne fût-ce qu'avec soi

la préface du folio d'ailleurs corrobore

(comme j'aime cette phrase telle quelle telle qu'elle sonne je la laisse sans développer
parce que si on se met à développer des préfaces aux préfaces de folio merci hein)

fin de l'acte 1

---

Souffler le chaud et le froid

c'est ce que fait Phèdre
C'est ce que fait Hippolyte aussi d'ailleurs

de la manière splendide des indifférents


Hein ? Quoi ? Bon je vais faire comme si j'avais pas compris... Ah zut là ça marche plus, bon, j'ai compris... Ah merde... Déso...

Et c'est ce qu'on m'a reproché en mil neuf cent quatre vingt dix huit
non je déconne
enfin sur la date du moins

s'en foutre et être passionné aboutit au même comportement
j'étais tellement dingue d'elle que je m'en foutais de tout

tellement raide Phèdre d'elle que je m'en battais l'Hippolyte
mais d'un autre côté
je m'en foutais tellement de tout que j'ai jeté mon dévolu

comme on jette une couverture imbibée d'essence sur une flamme
pour éteindre l'idée d'extinction

Finalement tout déconne à point quand tous se foutent de tout
et qu'on est dans le tous
bien qu'on y renâcle

J'ai loupé The Wedding Present
J'ai loupé Lynch
on m'appelle The Wedding Absent
et j'ai loupé Lynch
au cas où il faille maintenir la symétrie classique
J'ai loupé Varda
mais c'est que ça devait être un matin et que je n'avais pas encore compris la beauté et la musicalité de son cinéma
Je n'étais pas encore abonné à Mubi je crois et
accessoirement
je me foutais de tout

puis elle déguerpit avant de m'entendre dire merci
les gens font ça les cons
à souffler le chaud et le froid et un coup je suis là un coup je suis mort

Moi régner ! Moi ranger un Etat sous ma loi quand ma faible raison
ne règne
plus
sur moi

Où voulais-je en venir
Souffleur !
Souffleur
souffle-moi

fin de l'acte trois  

---

 (ou des étoiles si vous préférez)

***

Je laisse tomber les actes c'est arf c'est trop scolaire ça va

Le truc le plus fou qui puisse arriver c'est l'acte deux après le trois et là c'est wouhouh littérature contemporaine où nous mèneras-tu

ça va quoi

J'ai eu un débat sur la relecture avec un ami 

lui n'a pas changé d'avis mais moi si

plus exactement je m'en suis fait pousser un

être payé pour remettre en cause un univers ne me cause pas problème si tu te remets toi-même en cause

à l'extrême ça donnerait un prof qui démissionne chaque jour pour une bonne raison

à chaque jour chaque élève sa bonne raison de démissionner

je ne m'accorde pas de crédit tant que je sais douter de ce que je dis

et je ne m'accorde aucun crédit si je ne doute pas de tout ce que je dis

on comprend que je n'aie jamais fait carrière dans l'enseignement

on comprend que je vois d'un œil pas sûr le Phèdre ! de François Grimaud

je n'ai que de la sympathie pour Gombrowicz réécrivant sa version personnelle de L'Enfer de Dante

relire et réécrire et passionnant mais enseigner est vertigineusement malaisant 

j'ai lu et aimé Phèdre, et je sens que le Grimaud tout pépère et sympa et souriant qu'il soit

me prendra bien plus de temps

on aime voir le prof tout nu 

on aime entendre parler de lui le conférencier de Tchekhov sur les méfaits du tabac

ou le contrebassiste de Süskind

mais qu'est-ce qui peut se passer dans un bouquin tout dédié à t'expliquer un autre

le mec va-t-il péter un câble 

ça m'a l'air tellement sûr que non

mais bon

je ne sais pas en fait

si ça se trouve la prochaine fois je reviendrai en disant ah non je suis con c'est pas du tout ça 

si vous saviez les gars

 

on parle pas de Phèdre là

mais bon

 

Je voulais parler d'Oenone de toute façon

son aide complaisante qui se noie dans le mépris unanime 

pour avoir aidé sa patronne sans la juger et tenu son petit raisonnement

certes assez médiocre et terre-à-terre, populo, 

sensible, amical, vivant

j'aimerais que ce soit elle qui nous raconte Phèdre

ça se terminerait par Argh au milieu mais quand elle meurt tout est bouclé de toutes façons

 

tout est bouclé dès le départ dans Phèdre

quand Hypolyte dit qu'il se casse il nous dit qu'il va crever sur place

 

allez ciao (manière de dire bonjour aussi)

 ----

Digression

c'est convenu j'en conviens

qu'il faille une digression là

c'est convenu de ma part et je n'en aurais pas attendu moins

si je n'avais pas été moi et d'ailleurs en tant que moi je n'en attends pas moins non plus

 

"Ah tiens je vais faire ça"

Depuis quand

tu vas faire ça

depuis quand t'es tu résolu à ne plus savoir rien faire

à ne plus savoir profiter de l'ennui

quelle transition s'est-elle faite du moment où libre et vide

tu savais écrire et rêver

au moment où tiens je vais faire ça

là je fais rien et je ne supporte pas cette idée alors tiens

je vais faire ça

au retour d'un trajet pourtant inutile à vélo par beau temps

Tiens

Il va faire ça François

Bien sûr élever des bébés puis de jeunes enfants

a dû modifier la donne

mais que je n'aime pas être ce père finissant un jour par dire à ses enfants

"Tiens, pourquoi ne faites-vous pas ça ?"

"Pourquoi ne débarrassez-vous pas la table ?"

"Pourquoi ne renversez-vous pas le gouvernement ?"

au lieu de rien faire

mais quelle connerie

quelle importance immense a le fait de ne rien faire

quelle unique forme de résistance à hyper-activité libérale

à l'utilitarisme crétin d'un collectif qui ne sait plus ni écouter ni ressentir

qui ne sait que "faire", qui ne sait plus que "faire"

et qui ne sait plus que faire,

tiens.

Crétin !

Enfin au moins

je ne sais plus ce que je voulais faire avec tout ça

(j'ai lu Murakami, la cité aux murs incertains

beaucoup aimé)

---

Un conseil pour Phèdre

On ne devrait pas passer autant de temps à penser à des gens avec lesquels on ne peut pas passer une soirée à discuter

j'ai très envie d'écrire en ce moment, j'ai fait un concours je vais perdre et je voudrais enchaîner tout de suite en me dérouillant à écrire des nouvelles

Des nouvelles à la con, des nouvelles érotisantes, des nouvelles absurdes et d'autres pour enfants

je n'ai aucune autre issue à mes sentiments obscurs 

de jalousie, d'aigreur, d'envie et de mépris

qu'une pratique régulière intensive 

je n'ai qu'à déployer ma médiocrité

oh yeah

je pense à un auteur qui n'est pas franchement de gauche

et je me dis que vu les best-sellers le "pas franchement de gauche" est une option tout à fait efficace pour la célébrité

je pense à cet auteur et je pense à un autre franchement de gauche

et les deux je les vois écrire éclore et s'épanouir et s'améliorer

récolter des prix et approfondir leurs idées

et les deux ont deux points communs à part d'être écrivain :

je n'ai pas lu un livre d'eux et je suis jamoux d'eux

oh jamoux

la belle faute de frappe j'adore

enfin

je déteste tellement ce marasme de sentiment

qui s'appuie sur le doute sur la qualité de ce que je fais moi

et se développe en ce truc puant

que je n'ai aucune autre solution

que de me mettre à taper et à m'extasier devant mes fautes de frappes

(bien sûr, jamoux, jaloux d'amour, jamais amoureux et déjà mou)

Phèdre, un conseil, tu veux ?

Ah déjà morte

Moi déjà mou

toujours pas lu l'opus rigolo Phèdre !

tombé à vrai dire dans un tsunami Murakami

avec ces phrases tellement candides tellement pures et désarmantes comme

"elle aimait ces vastes étendues d'eau"

---------

Oui j'en suis revenu de Murakami

Au bout d'un roman, d'une nouvelle et de deux tomes et demi de 1Q84 quand même

j'aime bien mais

c'est loin d'être le pinacle

 

Il n'y a pas de pinacle

il n'y a pas de sommet

ce n'est pas que tout se vaille

mais rien ne vaut que par ce qu'on y met de soi

 

Regarde comme l'extrême-droite se gausse de ce qu'elle appelle culture classique

uniquement pour dénigrer ce qui est la culture vivante

On peut très bien faire de Shakespeare un prétexte à son esprit borné

et d'Ophélie Winter une voie directe à la compréhension de soi

 

Ces idées-mêmes à moi me semblent aller de soi 

mais

(coup de téléphone de ma mère)

 

Oui d'ailleurs j'y pensais à ma mère

je pensais à ma jeunesse et à la honte que j'aie toujours eu d'admettre mes penchants dépressifs

 

à vrai dire je pensais d'abord (j'allais aux toilettes)

à Andrew Broder et à Check Fraud

 

j'étais tombé sur une vidéo de lui expliquant comment il faisait ces

chouinements de platines dans Check Fraud

 

Et je me suis rappelé que dans sa bio il y avait une phrase que je caricaturerais ainsi

 

"Il a toujours fait de la musique dans le but de soigner sa dépression" 

 

Certains ont honte, d'autres font Fog

Mais Andrew Broder croisé sur une aire d'autoroutes, donnait l'impression

-c'est ce que disait le bassiste de mon groupe-

d'avoir comme honte de Fog

 

Or aucun groupe ne m'a plus bouleversé personnellement dans le fond

 

bien sûr les Buzzcocks m'ont éduqué, l'éducation sentimentale et l'élévation du punk

(Buzzcocks et The Ex d'ailleurs dans la continuité, le punk panoramique total social sentimental)

 

Qui n'ai-je pas perdu dans ces lignes ?

 

Quelqu'un peut lever le doigt ? 

Oui Murakami disais-je

 

Les moqueries que je subissais rapport à l'aspect dépressif de ma musique

et la honte que j'en ressentais

 

A-t-il fallu attendre Kimya Dawson pour comprendre que la tristesse n'était pas une tare

mais dit d'une voix qui me rappelait tant celle de mon ex que je n'attendais même pas dans

sujet-verbe-complément

d'être arrivé à "complément" pour être tombé en larmes

 

la tristesse n'est paaaaaaaaaaaaas

 

on ne saura jamais ce que la tristesse n'est pas

 

(Phèdre

comment va

c'était un poème sur toi

 

je crois)

 

"puisque c'est ça je aaaaaaagh"

 

la tragédie précoce

la catharsis expéditive

le brexit du drame la tragédie grexit

 

Ah ah on croirait "Phèdre !"

Faudra que je le lise


Quand on se moque de ta tristesse en soi

Ça ne devient pas drôle pour autant

 

C'est peut-être un autre écueil de séparer sa tristesse de ses causes éventuelles

mais

non

pas pour celle-là

 

c'est dans un film que j'avais entendu ça

(je me souviens maintenant, une adaptation contemporaine de l'histoire de l'ange Gabriel je crois

ah ces refontes de mythologies je vous jure)

"J'aime bien les mélancoliques

ils ne servent à rien, le savent et s'en foutent".

 

J'avais beau en avoir honte parfois, intégrer la honte comme ma mère

a eu honte d'être dépressive et comme (il faut que je retravaille ce bout-là du poème

car comme d'habitude c'est délicat ça évoquerait le passé colonial et le rapport

réactionnaire tour  à tour grandiloquent et dans le déni glorificateur

et tour à tour je sais pas quoi faut que je retravaille ça) 

j'avais beau en avoir honte donc

je ressentais ça ce scintillement doux de la mélancolie comme contrechant nécessaire

aux hymnes dégueulasses et ridicules de la fière affirmation de

que dalle par tout le monde

---

(Mais au fond à être raté, quelle plus belle vocation qu'être écrivain raté
c'est le métier où être raté est le plus intéressant

on a sans cesse l'esprit en éveil, on revient souvent à l'évidence selon laquelle
vivre heureux importe plus que de réussir aux yeux des autres

être raté en tant qu'écrivain ouvre bien plus de perspectives que tout autre ratage
le ratage même est passionnant

France Travail et France Pression Sociale sans aucun doute m'auraient préféré
Entrepreneur raté ou commerçant raté
mais France Moi me préfère mille fois comme ça

Je développe tellement de compétences et de talent à rater ça

que je crois que je n'aimerais pas tant réussir quoi que ce soit d'autre)
 

 ------------------------------------------------------

Je pense beaucoup à mon Phrère en ce moment

pas qu'avec tendresse - disons que depuis toujours

il y a d'un côté cette compétition de coolitude qui est finalement

frustrante et drôle et belle

qui est une compétition de sagesse aussi et d'humour et 

deux gars qui essaient d'être des gars bien et se vannent là-dessus

sauf que depuis toujours aussi

quelques détails et quelques disputes et beaucoup de paroles pas échangées

font aussi se rendre compte que ces deux gars sont deux rôles et que dans le fond

nous ne jouons pas le même jeu

nous ne partagerons jamais nos victoires ou nos défaites 

car nous ne sommes pas dans le même monde

alors Phèdre oh comme j'y viens

je reviens au début de ce poème

à cette sympathie un tant soit peu apprêtée

On ne peut que bien l'aimer Phèdre mais elle est

quand même un peu trop barrée

il y a cette distance du théâtre à notre réalité, c'est-à-dire à mon théâtre

Cette Phraternité striée de vibrantes et discrètes dissonances  

comme avec mon Phrère et aussi comme un copain auquel, aussi, j'ai repensé

j'ai repensé que nous avions toujours été amis mais que je n'ai jamais été capable après

de penser à lui sans au moins un brin de reproche

pas du gros reproche, pas du ressentiment trop bavant trop dégueulasse

mais une pointe absolument toujours présente d'agacement

un claquement de langue

un tssss 

Je l'appellerai Phrédéric pour pas qu'il se reconnaisse

(ça y est j'ai cédé à cette syntaxe honnie "pour pas que"

j'y aime maintenant

ça vous a comme un goût de pour pas que j'y reviendons)

Ou Phred

j'ai envie de lui dédicacer ce poème parce qu'il faut bien le finir 

comme à tous ceux dont j'ai aimé les sarcasmes mais dont j'ai fini par me demander si notre amitié aussi n'était pas 

un sarcasme

c'est du lourd, je sais Phred, mais c'est pour toi

et on arrête là

Racine s'est arraché depuis un moment

(il fallait la faire)

et moi 

 

je vais me coucher.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

50

 J'avais un univers je crois

je bossais là-dessus aux dernières nouvelles

j'ai provoqué trois émotions

franchement miné par la négative

 

après

ce n'était pas non plus l'âge d'or

la paranoïa faisait partie de ma vie

c'était comme une colocataire envahissante

mais injoignable au demeurant

 

c'était toujours la faute de quelqu'un

 

maintenant j'ai cinquante et rien ne vient plus

 

alors on dira si tu te fatigues à écrire cinquante en toutes lettres pourquoi sauter "ans"

 

je dirai laisse, c'est mon univers

 

main tenue j'ai cinquante et rien ne vient plus

 

rien, non, pas rien mais bon

 

c'est des bouts de trucs mais s'il n'y a plus de 

quelqu'un dont c'est la faute

les bouts de truc ne se suivent plus

 

je n'ai plus l'obsession ni la colère

 

je suis plutôt satisfait en fait

rondouillard

satisfait

manquerait plus que j'ai des revenus réguliers et j'aurais tout ce qu'il faut pour me détester

 

maintenant que c'est ma faute et que je le sais.

 

 

 

rêve dévot

 C'est en me le racontant que je me rends compte que le rêve érotique que je croyais avoir fait cette nuit

n'a rien d'érotique


en fait

je prends rendez-vous avec quelqu'un

elle parvient à se libérer un créneau, ce qui n'était pas prévu

m'en prévient du haut d'un escalier dans un hall bondé

et je lui réponds d'en bas :

"Amen" 

en joignant les mains.


Elle m'évoque quelqu'un que j'ai connu il y a longtemps

dans ce que je ressens face à elle

mais physiquement, elle ne lui ressemble pas.

 

Je me sens littéralement porté vers elle

je vibre profondément 

mais elle ne dit "ah non je ne vais pas pouvoir"

j'y repense - toujours dans mon rêve - avec une exaltation qui ne me semble pas un instant

ridicule ou exagérée à ce moment là

c'est peut-être de la 

dévotion,

oui,

mais il y a quelque chose de bien plus intensément sexuel dans la promesse

que dans la religion

alors parlons de

dévotion sexuelle

 

Quand du haut de la rambarde (espèce de hall genre université bondée)

elle me dit "c'est bon, je pourrai le tant"

je me félicite d'exprimer ma dévotion discrètement, peut-être ironiquement, 

ou du moins d'une façon dont je me félicite intérieurement qu'elle puisse passer pour ironique 

au milieu de ces étudiants congénères semblables bruissant fourmillant

 

ma discrète dévotion sexuelle 

travestie traversée d'un faux-semblant d'ironie

 

"Amène" !

 

décembre - non je plaisante

 Bon je ne dirais pas que ça ne fait rien

Se mettre à acheter voire à lire les livres des écrivains

Se mettre à téléphoner voire à aller rencontrer les vieux amis

ne plus laisser les peut-être planer pour les autres

aller dans les bars pour proposer de jouer

ne pas être lu non plus


partir de facebook a toujours eu pour moi quelque chose de théâtral et de très facebookien dans le ressenti

mais cette fois-ci

il ne s'agit que d'exprimer mon désaccord avec le train trumpien que prend ce livre-là

ces grimaces-là à défaut des visages


c'est moins théâtral

c'est beaucoup moins sentimental

et un peu plus politique

 

je me sentais délaissé par les militants donneurs de leçons

dont j'ai toujours eu besoin et que selon les périodes j'ai pu railler ou vénérer

en restant parfaitement à côté de la plaque des deux façons et de multiples autres

(à quelques notables exceptions épiphaniques et révolutionnaires)

je tiens à rester à vos côtés de la plaque mes amis militants

je vois pas d'autre endroit où mieux aller me faire voir

 

mon lien avec la communauté est ce qu'il est à bientôt cinquante ans (de ma part bien sûr, la syntaxe était mal partie)

(la syntaxe est vraiment pourrie mais ça m'amuse et ça ne manque pas de sens cette pourritude syntaxique)

mon lien avec la communauté est ce qu'il est devenu ou voué 

mais je l'aime assez

j'en aime assez maintenant, ça me suffit les enfants

oh j'aime cette phrase impossible à venir


Bref, à bientôt Emmeline et les autres, on avait des trucs à se dire j'y viendrai 

en vrai ou jamais

et ciao facebook sans regrets ni trop de pouets pouets


la bise aux amis (pire fin tartignolle de poème)




Décembre - Lucie

 Je suis monté voir pourquoi Fleur pleurait

Je pensais à la présidente Lucie en nettoyant le foyer de la cheminée
plein de suie dégueulasse
car oui je suis à présent pleinement un homme au foyer

et je pensais à l'atmosphère bienveillante qui s'était
comme un Noël politique
installée comme par magie

ça a commencé par Kamala
l'autre a démissionné et puis voilà

Fleur ne tolérait pas que Léo ne veuille pas entrer dans sa cabane magique
parce qu'il n'acceptait pas l'interdiction d'y porter ses chaussons

J'ai dit à Fleur plutôt que de pleurer
pourquoi ne le laisses-tu pas rentrer avec ses chaussons

j'ai demandé à Fleur si moi je pouvais y rentrer en gardant mes chaussons
si elle pouvait être un peu plus coulante sur l'interdiction pour que les autres puissent venir voir
elle a dit ok
et c'était génial la cabane

il y avait une licorne qui se reposait dans un plaid immense pour elle

un faux insert de cheminée avec des flammes lego sur des petits blocs en bois

il y avait une boîte en forme de cœur contenant une bonne dizaine de bonbons en papiers
dessinés puis découpés
chacun en sa couleur
orange pour la mangue
jaune pour le citron
vert clair pour la menthe et vert plus foncé pour la menthe plus forte

Léo est venu nous rejoindre et on lui a confirmé que désormais
on pouvait venir en chaussons

et je suis descendu en me sentant
viscéralement profondément atteint de mièvrerie

mièvre comme c'est pas permis
ou du moins comme c'est permis à une seule période

depuis Lucie...

Dix-neuf - bouche

 c'est une immense ambition que d'écrire
nous nous moquons des buzinessmen et autres capitaloliques aux dents longues
mais en vérité nous sommes pareils
à la différence que nous sommes fauchés
ce qui rend notre ambition démesurée sympathique - je suppose
et que nos dents
rayent le plafond

Il s'agit d'un poème sur ma bouche
on avance beaucoup sur le chantier de mes dents
m'a dit le spécialiste assermenté

Maintenant que Kamala a été élue
la majorité des problèmes de notre monde
en voie vers une douce réconciliation
Maintenant que ça va de ce point de vue là

on peut parler de ma bouche

la dernière fois je m'inquiétais au G1 du miroir
à la convocation de ma propre super-puissance
je m'inquiétais disais-je
d'un rétrécissement de ma bouche

pourtant me dis-je
en un raccourci qui m’étonna moi-même et dont je ne sus déceler
même longtemps après les fondements précis

pourtant tu es musicien tu devrais être sensuel
ta vie est axée sur le plaisir de jouer
et quand on est sensuel on a la bouche grande
de grands sourires
des lèvres charnues

Je me regarde encore dans le miroir

ah mais tu l'as tout ça
et le plaisir autant

mais c'est tout rentré dedans

j'ai la bouche très grande à l'intérieur
d'ailleurs

la grande gueule du dedans (exclusivement)

c'est encore moi
c'est encore ça d'écrire

Nocembre - bureautique

 Le lieu que je visitais dans mon rêve de cette nuit
j'y étais déjà allé dans un autre rêve

(une sorte de parc d'attractions mais
où l'on entre par la porte au bout d'un escalier vieillot de bureau ou d'appartement
- une porte en contreplaqué tout ce qu'il y a de plus banal comme on en trouve dans les appartements dont la dernière rénovation significative a dû avoir lieu vers la fin des années 1980 -
et où l'on pointe à l'entrée
il y a une sorte de toboggan en vase clos qui fait penser à l'atmosphère d'un aquarium géant
et on aboutit aussi à une sorte de port plongé dans le même type d'obscurité bleutée
ou de lumière fragile de très tôt le matin
on s'y sent bien, on s'y sent comme à la mer
à bavarder en petits nuages blancs avec des pêcheurs à peine rentrés,
et l'austérité vieillote, les murs jaunis ne me donnent pas la nausée
mais me rassurent tout autant que les blagues des bonshommes et que les toboggans
monter l'escalier, tapoter à la porte en entrant, légèrement car
elle a été laissée ouverte pour les visiteurs et en dépassent les poteaux amovibles des files d'attente de cinéma, lesquels ne sont pas utiles car le lieu n'est jamais bondé, toujours chaleureusement intimiste,
presque personnel,
murs jaunis, prairie infinie du jardin mitoyen,
beurre frais des tartines de confiture acidulée
délivrant la chaleur paisible les douleurs enfantines
le paquet de sentiments tassés à mort dépassant du placard
les larmes et la grâce insolente d'un rayon de soleil
posé là à l'endroit qu'il faut venant caresser la peau
les cheveux, l'air, le temps,
tout ce dont nous étions les débonnaires bénéficiaires heureux
sans même avoir, sans même savoir avoir signé quoi que ce soit pardi
et l'aqualand douillet du sentiment balancé
entre le parc aquatique intra muros et la bibliothèque à ciel ouvert,
doit se trouver le mélange parfait de mes ambiances préférées
j'ai toujours associé mon enfance au charme rassurant
des couloirs décrépits des bureaux d'administration
murs jaunis, solide matériel au design raide, durable
lampes de bureaux, classeurs multiples,
armoires métalliques à rideaux,
agrafeuses et rouleaux de scotch d'un kilo chacun
D'ailleurs j'ai retrouvé récemment après mille atermoiements d'esthètes,
des Nokia, des Redmi, la bureautique esthétique du
Samsung Xcover pro, bloc noir avec un gros bouton rassurant cerclé de rouge
comme l'ordinateur où j'écris ceci dans l'application bloc-notes ne lassant aucune places aux artifices de mise en page,
un Thinkpad, gros bloc noir avec un point rouge, sur le i et au beau milieu du clavier,
beauté du fonctionnel froid destiné à durer malgré les aléas des gouvernances
quand j'y ai bossé un été j'étais tombé sur la déclaration d'impôts des parents de la fille
autour de laquelle après ce fameux baiser manqué j'avais édifié
un univers cocasse et dérisoire d'amours susceptibles et contrariées
où cependant le tragique passait en courant d'air
sans en avoir l'air
la fille que je m'étais transformée en désir d'écrire
- c'est ni sain ni malsain, ni boomer ou crétin,
c'est juste comme ça que ça s'est passé)

mais là c'était fermé.

vembre - mouvement

 La même indifférence qu'il y a dix ou vingt ans
ne provoque plus pour moi les mêmes sentiments

c'est-à-dire que je me sens non plus ciblé par l'indifférence
mais inclus dedans

comme faisant partie d'un vaste mouvement
où pour une raison ou une autre
plus personne ne s'intéresse à l'autre
à ce qui l'anime le rend humain

un vaste mouvement d'indifférence non seulement généralisée
mais même fédératrice
le dernier mouvement collectif

peut-être est-ce qu'il faut ce terreau pour que les méchants puissent paisiblement pour ainsi dire
mener leurs guerres
pour qu'il n'y ait plus vraiment de méchants puisque le peuple
fait la ronde immobile autour de rien
fait son vaste mouvement de ne rien penser de rien

notes pour quand je serai dictateur comme tout le monde
gouverner par la peur et fermer les portes
s'incarner en père protecteur et semer la haine
c'est si facile au fond
c'est au fond de tous les gens et de toi aussi
l'inquiétude qui ne demande qui ne commande
qu'à se recroqueviller chez soi
tellement plus facile que d'écouter

un morceau à la con
mais passons

j'ai écrit un poème ce matin
je me le fais lire tiens :


Je suis peut-être fini pour la musique mais j'ai envie de m'amuser

mon cœur crevé d'être crevé

si bien pansé comme circonspect

mon cœur regarde avant de traverser

j'ai peut-être fini toute la musique

mais j'ai envie de dansoter

les foules m'ont désacclamé

le capital m'a débranché

j'ai la vaisselle à faire

et le ciel à creuser

(comme diraient Baudelaire et mon copain Xavier)

 

(Après

bon

je serais bien tenté de foutre ça aux orties

écrire très tôt, très bien, mais pourquoi publier à 8 heures ?

et quand ça chouine de personne m'écoute et que ça ne fait que ça c'est jamais très bon

d'un autre côté

faut le prendre comme ce que c'est

un moteur de quelque chose

une cause de sentiments, un début d'idée


on verra.)

 

(Je serais bien tenté de foutre ça aux orties

mais j'ai écrit ça si souvent

les ratures impressionnantes bien visibles bien rouge et tout le long de la page

mais qui en vérité ne font aucun obstacle à la lecture de ce qu'elles sont censées oblitérer

[un caviardage aux œufs de lompes]

Les ratures et les repentirs qui ne sont jamais au final

que des enjolivements 

ça se dit ça

enjolivements

je le retape des fois que le correcteur automatique se réveille

"hein, quoi ? ah non tu peux pas dire ça !"

Bon ben si

je peux dire enjolivements

ça me fait irrémédiablement penser au tuning

au tuning de voitures

plus précisément aux jantes enjolivées

enjolivées de belles ratures un peu maniérées

censées marquer qu'elles sont "presque" censurées

jantes explicites comme il en est des lyrics

ça me fait une belle jante ces manières

de mettre en scène l'oblitération fictive de soi-même

tiens

c'est peut-être de ça que parle ce poème

 

il est bon d'en avoir vent quand on en est l'auteur après tout) 


(Je serais bien tenté de foutre ça aux orties

mais je n'en pense pas un mot

et je n'en ai pas tant que ça du texte que je puisse en jeter)