Je réécoute parfois de vieilles chansons à moi et je me dis
ah ouais pas étonnant qu'on m'ait soupçonné d'être de droite
je l'étais je crois sans le savoir
ce qu'il y a c'est qu'on ne trouve ni dans la gauche ni dans l'art de gauche la moindre complaisance l'égard des coeurs brisés
ce qu'il y a c'est qu'avant de devenir le vieux débris du patriarcat que je suis aujourd'hui
je fus d'ores et déjà jeune débris du patriarcat
la formule vipérine et le coup de froid glaçant condescendant
j'ai été élevé dans une mentalité de colon expatrié finalement
finalement c'est ce que j'étais mais de quoi je ne savais pas
ces trucs grattent un peu, je laisse ça par là pour l'instant
je dois sortir
faire des nuages de fumée
tiens dieu est un fumeur de havanes
faut-il passer par la conscience de classe pour se rendre compte qu'au fond
c'est une chanson un peu con
tout gainsbourg a vieilli d'ailleurs
pas ce son de basse mais à peu près tout le reste
bah
on en recausera ou pas
mais il faut dire aussi
que j'ai ce type de cœur brisé très casse-couilles
auquel la complaisance ne suffit jamais
que la complaisance même recroqueville
mécontent qu'on l'encourage et hargneux qu'on le nie
j'ai un cœur brisé qui me ressemble beaucoup
mettons qu'on y soit et que je sois face à ce que je fais de ce que je ressens
que j'appelle comme ça par facilité tout en haïssant cette facilité aussi
cœur brisé ben voyons c'est bien commode et gros chagrin
mettons qu'on y soit et alors
que ferais-je de mieux si j'y étais encore
bonne figure
sans doute bonne figure encore
cœur brisé bonne figure
range ta complaisance et range ta solidarité
il n'y a pas de bonne cause et je suis fauché
mais je sais faire chanter
ce vide en moi vibrant