Parti pris

 Si tu manques d'idée pour écrire, 

mon ami moi-même,

songes ceci, ou tiens écris ceci :

il serait sans doute temps

de raconter sous cet angle cette histoire-là

 

bien sûr cher moi-même je pense à l'angle "éveil de la conscience politique"

parce que l'angle classique sentimental ben on a vu ça marchait pas

c'était la mouise

on a fait beaucoup d'efforts pour produire des trucs dont au final

on gardait toujours un peu honte, et, tu sais quoi cher moi-même

à raison, la honte

comme on en gardait honte on le montrait peu

mais le peu qu'on le montrait on voyait bien que bon

 

ça me fait rigoler maintenant de repenser à ce que m'avait dit un pote sur ce que j'avais écrit sur cette

histoire-d'amour-malheureuse disons 

lui qui savait 

à la fois ce qu'on pouvait tirer de bon de ce que j'écris

et de quoi il ressortait (de l'usage de cette expression "il appert" que j'étais à la fac)*

de quoi il s'agissait

il m'a dit quelque chose comme

 

"ce qui est bien c'est que ça reste léger et drôle"

 

cher moi-même je m'étais trompé d'angle, sur le texte pas très grave

mais dans ma vie assez longtemps

histoire d'amour malheureuse j'ai creusé j'ai creusé

éveil de la conscience politique pas du tout et pourtant

 

aurais-je aujourd'hui la même écoute vis-à-vis des luttes féministes

de la Palestine

de la non binarité et des genres

de la culture du viol et des cultures de la violence

du sens de l'underground

de la rigueur de la pratique anarchiste

de son éthique

sans le clash de mon esprit petit-bourgeois avec

toi, avec 

ça ?

 

Lorsqu'au fond de ma douleur et de mes récriminations lorsqu'au fond de penser sans cesse à ce que je prenais pour du seul sentiment et qui s'effondrait sans voir qu'avec  ce sentiment c'était surtout les restes d'une guerre d'Algérie les restes d'un divorce me laissant sans autre père qu'une idée de père toujours déçue, sans autre mère qu'une marée de symboles de mère avec une personne sous cette marée qui n'en peut plus 

et l'adolescence méridionale où seuls étaient récompensés la force physique dont j'étais dépourvu, le sarcasme, la condescendance et une dévotion desséchante à toute autre forme de créativité que la sienne, tout ce dont il m'avait fallu sortir heureusement et dans lequel je ne me rendais pas compte que j'étais en train de retomber

lorsqu'au fond de ma douleur je ne trouvais pas faute de chercher la solidarité qui aurait pu étinceler de ça, celle que je sens là

et que je t'ai recroisée dans un bar et que tu as simplement dit à la personne qui m'était passé devant que c'était mon tour

c'était poignant ce respect simple quand les fantasmes de toi sorcière de toi catin me torturaient l'esprit cette simplicité et ce désir de justice sans emphase qu'est-ce que j'étais pompeux et hors du réel

mais je voyais l'amour,

la littérature,

la politique,

comme ça

c'est ce que j'entends par me tromper d'angle

mais maintenant je vois ce que je n'ai pas su voir

et si je fréquentais encore les bars sans doute que j'aurais le souci que personne ne passe devant personne d'autre, c'est un réflexe qui s'acquiert pour la plupart des gens - pas pour toi tu l'avais déjà - en ayant des enfants je crois

mais aussi pour moi par toi, par ça

 

en gros

je te dois aussi de refuser aujourd'hui d'être de droite  

 

une chose qui n'a pas changé

c'est que j'aime

les chemins compliqués.

 

*"il appert" que je n'étais plus du tout à la fac depuis longtemps en fait

mais "plus significativement"

"il appert" que je me sentais encore là-dedans et plus précisément encore

que j'avais besoin de bénéficier de cette distance-là sur ce que je vivais à ce moment 

récupérer un peu de magistère à défaut de maîtrise (de lettres) 

sur ma propre vie 

voilà ce qu'il appert, la compagnie,

ah ça pour apparoir comptez sur moi, enfin lui 

 

Strangeways here we come

meilleur titre d'un pas très bon album d'un groupe qui ne compte pas tant pour moi mais a su trouver les moyens de m'agacer là où il fallait quand il fallait

bref, bons mots en soi qu'on pourrait mettre comme épitaphe si la mort était comme la vie

comme tee shirt alors si le tee shirt était la pierre tombale de la vie

c'est dingue comme je n'en porte plus des tee shirts à message

il faut dire que ce genre de

transferts

résiste peu aux cycles de

lavage

 

laisse vachement de temps entre chaque mot pour laisser réfléchir

ce n'est pas

a

no

din

oui bon ça va n'en fais pas trop non plus

 

c'est dingue tout ça comme ça va nulle part mais ça me va

au moins le chemin est bizarre et ça change de la manière habituelle dont on ne va nulle part non plus 

je tiens le bon bout du monde

avec cette main qui ne tient plus que de moi

 

personne ne passe avant personne

repassons cette histoire à l'envers en partant de là oui

 

 dans un bar oui

 

aussi

 

dans un bar

 

 

oui

 

 

 

 

aussi

 

 

there is a light en fond

 

"Personne ne passe avant personne", la compagnie (comme j'aurais dit "guys" hein)

l'idée quand tu en prends la pleine mesure, oui je veux bien un demi

l'idée est révolutionnaire

l'idée même de démocratie si tu en prends la pleine mesure bon d'accord une pinte alors

si c'est l'happy hour c'est l'happy hour qu'est-ce que tu veux que je te dise

est révolutionnaire est l'émancipation même

l'idée d'égalité 

l'idée de fra de fraternité et de sororité

et la liberté putain

mais ouais

en tout cas l'idée que la démocratie pas à moitié c'est Rancière qui en parle 

ben moi j'aimerais voir et vivre une histoire d'amour à la Rancière

une histoire d'amour révolutionnaire

quitte à en inventer des bouts parce que j'aimerais n'être pas là 

pour remuer des couteaux dans les plaies mais pour 

essayer d'inventer

tu imagines ça ? non ?

tu vas te coucher ?

 

 c'est à moi que je causais ?

 

mais c'est qui qui paie la tournée ?

 

 

et alors centaine de bourgeonneaux dou soleil à la conou

parurent et pluturlurent dans ses gneux gneux

la grande piscine de laquelle à travers de quoi de patati et patata


c'est facile de se moquer du désir dit-elle à mon doigt

dans sa bouche


mais t'es qui toi

d'où tu m'aimes, d'où prétends-tu m'aimer

 

je voulais parler de toi mais ces questions ont sonné

avec les cris du voisin qui a perdu son chat, le cherche dans tout le quartier,

 et n'a rien de trouvé de mieux pour le nommer

que mitou, metoo metoo me too

en cette période de masturbations estivales où ça fait trop souvent même pour le principal intéressé

je visionne pour compenser des youtube féministes et drôles 

 

je voulais parler de toi parce que ça a longtemps coulé de source de te mettre au centre

et je ne me rendais pas compte d'à quel point c'est commode

l'amoureux sans visage emporte l'adhésion

l'effacé par vocation peut tracer à grands traits dresser des portraits

Breton s'en tire, Nadja moins 

 

mais d'où je t'aime et je suis qui moi

commençons par ça

 j'ai toujours trouvé génial dans les livres et atroce dans la vie

d'être tourmenté par le sexe

Crumb et Miller se représentent chacun à leur manière avec des gouttes de sueur sur le front

 

mais attends, commençons par ne pas mentir

j'ai trouvé ça génial une fois

ça avait un côté morbide

 

peut-être l'ivresse de la puissance de rompre que je ne m'étais jamais trouvée

et qui d'un coup montait montait en même temps que le sans dans mon pénis

 

j'ai trouvé génial éreintant

ce trajet en train à regarder autour 

et j'étais à côté de ma copine et ce n'était pas encore acté mais on ne se parlait pas

 

on revenait d'un festival poisseux

on revenait poisseux d'un festival poisseux breton

 

l'un de mes derniers 

les festivals de rock s'étant finalement toujours passé tragiquement affectivement

je n'ai jamais été content des concerts et en même temps satisf 

 

ah si une fois

ouh ma foi ce récit à tiroir contradictoires 

en dit long sur l'habitude perdue de se décrire soi

 

bon la fois où ça s'est bien passé c'était un mini festival pas loin de chez moi

 

sinon mais alors

bonjour l'aventurier

 

l'Espagne ? jaloux

La Bretagne ? prend la tangente priapique tout le trajet retour toute la journée

Montpellier ? Annulé cause orages

Sziget ? Tourisme sexuel pitoyable, honte de ma vie

Londres ? Jamais

Tombouctou ? Sympa mais connais pas

l'Espagne ? Jaloux, bourré, l'estomac et les tripes nouées

l'Espagne c'était toi qui conduisais

l'Espagne

lieu des mythes fondateurs de mes jalousies fantasmatiques

quand j'ai vu que "Cheating" était une catégorie de vidéos pornos je me suis dit

eh mais c'est moi qui l'ai inventé

 (comedy club style)

l'Espagne

ça j'en parle un peu un tout petit peu dans l'une des versions de ce texte que heu

j'essaie de réécrire par le bon bout, par l'autre bout

ton Accréditation Presse Internationale

jaloux jaloux jaloux

à tous les points de voue

 

d'où jaloux m'aimes-tou

qui est le tu, tutu, mitu, mitou-mitou-mitou moitou moite où 

 

 et je disais

mal à l'aise avec le sexe 

petit dernier d'un maman fraîchement divorcée

pied-noir qui plus est pour situer

déracino-divorcée

déchirée

pas dans le sens "chui déchiré" que j'entendrai ou prononcerai plus tard

non, "déchirée" plus exactement que déracinée

c'est toujours problématique de parler de racines d'un pays qu'on s'est approprié

et qu'on a baigné d'un regard d'enfant et d'odeurs d'oranger

avant de se voir proposer le choix entre le cercueil et la valise 

 

ce serait assez brillant de pouvoir dire que ma mère n'a jamais pondu de théories fachos avec ce qu'elle a vécu

mais maintenant Bolloré aidant ça vient, 

tardivement, sur un ton incident de méchanceté impuissante

bah

comme les vieux

et j'aurais beau jeu de jouer le décolonial éclairé

quand au fond je suis toujours resté planqué

terrifié même à la seule idée de (me) manifester

 

Devaquet ? mon grand frère

intermittents ? vu à la télé

contre Le Pen ? une ou deux fois, trois mètres et puis rentre chez soi

Renversement imminent du gouvernement ? Ah non pas vu passer 

Gilets jaunes ? J'ai pas le permis

CPE? Mon grand-frère (on note qu'il a pris une majuscule et un trait d'union entre temps, c'était ses premiers signes d'embourgeoisement, rho)

 

Qui je suis d'où je t'aime 

déchiré sévère m'dame

 

 non guère non plus en vérité

sombrer dans les drogues à part quelques cuites en concert et des concerts donnés dans le but de prendre une belle cuite, pas grand-chose

Champis ? sous-dosé, le célèbre "ça ne me fait rien" a duré toute la soirée 

coke ? dégueu, je ne me supportais pas et à part les conneries habituelles d'embrouille et d'insatisfaction, mais déplacées à des heures où tout le monde est couché, rien

Herbe ? herbe ok, des fois malade mais des fois marrant

Temesta ? pour l'interdit et le récit, une seule fois ado, puis pour le mal de dos je crois, à part d'aimer avoir la bouche pâteuse je ne vois pas

 Alcool, je me suis toujours arrêté avant que ça me soit handicapant, chaque soir et dans toute la vie, c'était le principe de mon pote Seb (aux abonnés absents) : la limite c'est si ça t'empêche de faire ce que toi tu veux faire.

 

(Seb je pense souvent à toi, j'espère que ça va, je t'envoie de tout mon cœur un vibromasseur scholastiquo-sataniste, orteyrouj flagada pompidur, balançant dans les Champs-Élysées par un énorme urêtre mécanique comme autant de gouttes de sperme des fanions à messages, quels messages je n'en ai aucune idée faisons une réunion ah non je ne peux pas je suis coincé dans heu dans l'embarras et coincé dans le tu sais bien que jamais je n'oserais faire ça - mais bon, je pense souvent à toi.)