matin

 c'est qu'il devient capital de parler pour ne rien dire

en dehors de ça la cave s'étend au fond

je laisse passer comme des amitiés rabougries qui sèchent et pourtant sentent le moisi

je sens sécher aussi l'égo d'artiste

je me sens partir à la pêche de sensations qui ne soient pas toutes cuites

et ce que je vois me blesse et me déçoit et cette fois

ce n'est pas à cause de l'établissement scolaire ou de la vilenie d'un tel

et cette fois c'est moi

et je ne peux même pas dire ah si ce n'est que ça je peux progresser je peux arranger ça

au moins je m'ai sous la main

mais je ne peux pas dire ça parce que je ne sais pas quoi

je parle trop pour dire tout dire trop en dire

il devient nécessaire d'une importance fondamentale

il devient oula un truc pfiou là ça devient boah

de dire un truc qui te passe par la tête sans passer par rien d'autres

ni média

ni bonne conscience de l'amitié ou des chefs ou des disciples ou autres relation de pouvoir

qu'elle soit à son avantage ou désavantage

ni mauvaise conscience une mauvaise conscience de cinquante tonnes

j'ai décidé de me passer du porno maintenant mais quoi

j'aimerais que ça puisse me faire cesser de m'accuser

mais c'est cette démarche même qui est louche

décider de se passer

allez je fais de l'ordre dans le moi

je file droit du moi

et je me regarde avec ce même truc de

bienveillance extérieure doublé d'une bonne armure de méfiance et de rejet

ce même truc d'hypocrisie dont je fais usage par commodité au départ et à présent

par réflexe ancré avec les autres

je l'ai si profond ancré qu'avec moi aussi je fais le narquois

je fais le carquois narquois d'en bas

je fais oui oui c'est ça

ah tu ressens ça eh ben ma foi

ce n'est pas ma définition d'un bon poème

il y a un moment où ça s'envole quand même 

même quand on fait tout pour que non 

il y a un moment où ça part

peut-être que j'ai eu des moments où ça part et que ça sauvait tous les moments où ça restait

peut-être que je n'écris plus pour une bonne raison

que je ne veux plus partir

que je veux rester

mais qu'est-ce qui remue en moi pourtant là

je sens un dégoût qui ne me laisse pas tranquille à dire

eh ben voilà c'est que je veux rester et puis basta pour ainsi dire ah ah

je sens un dégoût de moi qui n'est pas dupe de ce dont pourtant

je reste dupe puisque je ne sais pas

je sens que ne pas savoir est ce que je fais le mieux mais le sachant ça ne marche pas

le sachant j'ai laissé entrer cette malhonnêteté comme font les personnages ambitieux des sagas tv

bien que ça ne s'appelle plus comme ça depuis les années 1950 je pense 

ce qui les rendent passionnantes le sagas et font de ces personnages

des héros ambivalents complexes géniaux

mais je ne me sens pas ambivalent complexe génial

peut-être aussi le fait que je sois dépourvu d'ambition au niveau politique j'entends joue

mais je ne manque pas d'ambition littéraire puisque je suis là à squatter mon propre blog un matin où j'ai été réveillé par le mal de dos avant le réveil de 7h40

sur un ballon de gym ridicule mais qui fait moins mal que le fauteuil de simili cuir racheté à vil prix au fils d'un PDG mort 

 le gros ballon bleu d'où penser au-delà de soi

ou pas