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vingt sept septembre - Rien, en cours

 

 "Songs about songwriting suck so I'm writing a song about songs about songwriting"
Jeffrey Lewis

 

Fini hier soir Le cœur ne cède pas de Grégoire Bouillier. Beaucoup aimé ; Bouillier a un côté très inspirant, DIY (jusqu'à parfois l'invitation tacite à terminer soi-même ses phrases). L'histoire est poignante et beaucoup d'énigmes restent en suspens sans pour autant laisser sur sa faim. Les analyses historiques, politiques, voire psychologiques sonnent et touchent très juste. En plus je me dis que si j'ai mis quelque chose pour une semaine à lire un pavé de plus de mille pages, je suis enfin mûr pour m'attaquer à Guerre et Paix. Cette nuit j'ai rêvé d'une minuscule barque playmobil en plastique flottant sur une étendue brumeuse et dont je voyais dépasser des bandelettes en plastique également ; j'ai mis un moment à réaliser dans mon rêve que ces bandelettes évoquaient la momification de Marcelle. J'ai aussi rêvé que j'étais embauché (embaumé ?) dan une préparation de colis de médicaments. Je préparais un grand saladier de médicaments et mon collègue rajoutait dans ce saladier d'autres pilules qui n'avaient pas la même forme. Je trouvais ça louche (traffic ?) mais comme j'étais un nouveau dans le boulot je n'osais pas en parler. Merci bonsoir !

 

Ça fait drôle de lire un gros livre et de vivre quelques jours avec
pour se retrouver à la fin
à voir défiler sur facebook les projets les espoirs les envies les idées des autres

et se demander quoi faire

se demander même quoi vouloir faire

mais pas dans le mode "artiste tourmenté" comme il y a un petite vingtaine d'années
non pas du tout

plutôt dans le mode
heu
ou dans le mode "euh"
c'est selon
on met le h où on veut

et on écrit vraiment tout ce qu'on veut
c'est mon poInt de vue

d'où la question
qu'est-ce que je veux et est-ce que ça passe par écrire

c'est ce projet-là, cet espoir cette envie
qui me remplit tout de suite à neuf heures zéro trois
les enfants sont à l'école
ma femme fait quelque chose en haut
et moi je fais
en bas
(je fais "quoi ? ça." en bas)
je fais ce que je fais quoi
c'est mon quelque chose à moi

d'où la question
est-ce que c'est toujours mon quelque chose à moi ?

Et si pas, ne serait-ce pas le lieu justement
de partir ailleurs que je ne sais pas
tiens je vais parler des fleurs, de mon cœur de mes erreurs ?

Si je parlais de la Palestine ?
Enfin

de mon amie qui
si je lui demandais
si elle n'avait pas peur
de se radicaliser
me répondrait en n'ayant pas peur de me ridiculiser

en même temps le ridicule je m'en fous si
je mets de côté les prétentions artistiques comme je me sens soulagé de le faire
aujourd'hui

si je lui demandais ça
elle dirait
quoi ça ? ce que j'ai posté là

c'est un copain
oui il parle d'alliés et d'ennemis,
zappe totalement le couplet sur le terrorisme c'est pas bien
et défend le combat par tous les moyens de la cause palestinienne
mais il rajoute politiques après tous les moyens
donc tu vois c'est pas
radical tu vois

non
le truc de mon amie c'est qu'elle n'est pas conne du tout

elle ne répondrait pas ça

elle répondrait quoi
je lui demanderai

maintenant que je ne suis plus poète je peux m'intéresser à la réalité

(bien sûr les vrais poètes s'intéressent à la réalité mais
même si je me défendais de penser ça même si je luttais contre cette idée
j'avais ce fond poète égale fleurs égale amour égale foutez-moi la paix sur l'actualité

remarque en y pensant
le gros bouquin avec qui j'ai vécu (je mettrai le petit texte écrit hier)

il y avait un dosage un dosage de ce qui doit rentrer d'actuel ou pas
dans le livre

(je sais que j'ai répété un dosage ce n'est pas une erreur c'est comme ça que j'y pensais
m'en discourais)
(une virgule peut-être ? on s'en fout)

un dosage de je m'en foutisme est nécessaire au suivi de pente obsessionnelle

bande de Gaza gouvernement basculant à droite sans freins
opinion générale de taper sur la gauche, les idées de gauche,
les notions de générosité d'ouverture et de non systématisme du sarcasme
nihilisme qui est la seule chose qui se partage encore dans ce pays
ça me fait penser à L'arabe du futur tiens, ce que dit le père avant de partir en vrille

tellement de misère ici que les gens n'arrivent plus à se rassembler qu'autour des idées extrémistes)

n'ayant pas de pente obsessionnelle
n'ayant plus de pente obsessionnelle
marchant sur du plat ou du faux plat comme on dit
depuis de nombreuses années

je n'ai plus de nécessité d'éluder d'occulter
ce qui ne me rend néanmoins
pas plus lucide

j'élude et j'occulte au nom du quotidien
comme font les gens qui ne sont pas ou plus artistes

la différence est que la majeure partie du temps
est occupée euh

je ne sais pas vraiment la différence en fait

je ne saisis pas la nuance entre ce que je suis sans envie d'écrire et ce que je suis sans

ah ah drôle le lapsus

et ce que je suis avec voulais-je dire

surtout quand au final c'est ce que je me retrouve à faire

écrire

ce matin

un quart d'heure à peu près.




 

quatre septembre

J'ai vu passer cette critique de l'autofiction
pointant son défaut de partir de l'idée erronée selon laquelle
les gens se connaissaient eux-mêmes

J'ai trouvé ça juste mais après je me suis dit
qu'on écrivait pas que pour parler de ce qu'on connaît

et puis bon
je ne connais pas d'autre moyen que de commencer par je

l'idéal pour moi serait d'écrire à la première personne pour parler de tout le reste que moi
comme d'écrire le journal intime du reste du monde

J'ai vu passer cette idée selon laquelle créer c'est du travail
ce n'est que le travail tous les jours

J'ai trouvé ça juste
et puis bof
J'ai fait une petite bolognese, il ne restait qu'une tomate fraîche
J'ai compensé avec deux briquettes de Tomacoulis
Ce qu'il y a de nouveau aussi, c'est que j'ai moins lésiné à assaisonner.
Paprika, poivre, le classique déglaçage des oignons au mélange eau/sauce soja,
et surtout, surtout, dans l'eau des pâtes comme dans la cocotte de sauce :
le sel

Nous avons gardé peut-être des assaisonnements chiches, prudents, de quand ils n'étaient que nourrissons, les enfants,
une méfiance vis-à-vis du sel sur laquelle il est bon de revenir aujourd'hui,
oui.

Et c'était bon, sinon.

Je veux bien nominer dès aujourd'hui à titre personnel une première ministre aussi si vous voulez
parce que je ne sais pas trop quoi mettre dans ce poème et que comme en cuisine

je n'aime rien tant que ces moments où on ne sait pas quoi mettre et on sort de soi ce qu'il y a à ce moment

mon écriture manque de tomates fraîches c'est certain

mes enfants sont en train d'écouter un disque de mon ancien groupe
que j'ai un peu pris l'habitude de dénigrer intérieurement en ce moment

comme un groupe où je ne m'exprimais pas suffisamment
je réécoute rarement
j'ai tellement pas aimé l'espèce de provoc ringarde du clip antéchristique
et j'aimais tellement peu cette chanson précisément
et la quantité de dynamisme entreprenarial sous couvert de foi underground
qu'il lui a fallu pour m'enrôler
ainsi que la plupart des participants là-dedans
m'a laissé depuis entre l'admiration et une forme de peur vis-à-vis de cet ami

et remis à ma place dans ce groupe
place qui n'avait jamais été qu'ailleurs
temps qui n'a jamais été que perdu
(c'est cela dit le mieux qu'on ait à faire du temps)

On a parlé du dessin animé Rebelle à table
On a parlé de la peur quand la maman se retrouve transformée en ourse

Il faut essayer de mieux connaître ce qui fait peur
c'est comme ça qu'on dépasse la peur

J'ai dit ça mais je ne pensais pas à ma peur à moi
la peur de voir mes amis se transformer sous mes yeux en méchants ours nazis
bien sûr

j'ai dit ça ça sonnait bien et cette histoire d’affronter ses cauchemars j'y crois
mais pourtant mes peurs à moi
ne marchent pas toujours comme ça

imaginons puisque j'écris le journal de quelqu'un d'autre

un artiste dont le besoin de validation a ruiné toute capacité de création
imaginons ce paradoxe

je vais vous dire les copains
montons un projet
faisons un film
créons un livre
sur un type dont le besoin de validation
a ruiné toute capacité de création

mais mec il fait froid
mais mec ça coûte cher
mais mec l'idée elle est pas si bonne que ça
mais mec la chanson bah

oui allons-y
faisons tout ça

pfff





Coucher de soleil sur la citerne n°4 (600 m3)

Je n'ai pas écrit depuis un certain temps
Pas trop longtemps, mais un peu longtemps
Aujourd'hui je vais travailler sur un nouveau poème prônant l'amour et la paix
et s'appelant "dire merde aux gens".

Peut-être qu'il ne s'appelera pas exactement comme ça
La création vous savez c'est
ça ne se passe pas toujours exactement comme
enfin il y a une marge

mort et vie, "merde" et "oui"
je crois que je tiens quelque chose là,
je crois que ça vient

Au final il s'appelera peut-être "Le brocoli" ou
"Coucher de soleil sur la citerne n°4"
ce sera une transposition c'est dans le contrat j'ai droit
dans les petites lignes qu'on ne lit pas

c'est mon job de poète c'est comme ça c'est
vous comprenez quoi

Toujours est-il que le vrai sujet et ça
vous pourrez demander à tous les analystes littéraires disponibles à cette heure
il est vraiment tôt, on est samedi et c'est en mai pile quand y'a les ponts
et puis les analystes littéraires ne sont pas trop sur l'annuaire
et puis heu

c'est comme les poètes ils font pas genre voilà c'est moi
on est subtil quoi
on n'est pas là pour
enfin on est dans le subtil quoi
toujours est-il

que le vrai sujet le truc sous-jacent
ce sera "dire merde aux gens"

ce sera l'idée que c'est ce qu'ils ont envie d'entendre
des fois et ce que toi t'as envie d'entendre
du coup c'est vrai que ça prônera l'amour et la paix
mais euh
subtilement

ça n'a peut-être aucun rapport
c'est toujours difficile à
on ne sait jamais exactement quand
enfin les aléas du
travail poétique bon

ça n'a sûrement aucun rapport
mais j'ai dit récemment merde à des gens
qui non-verbalement m'ont supplié de le faire pendant quatre ans

j'ai mis quatre ans à le faire parce que soit dit entre nous
poésie à part ce n'est pas vraiment mon tempérament
de dire merde aux gens

une fois que c'est fait tu te rends compte que c'était la seule chose à faire
et le seul truc que tu peux regretter c'est d'avoir attendu aussi longtemps
mais sinon tout apparaît
plus clair et paisible et serein et c'est bien

les gens ont le "merde" dont ils avaient besoin
et toi tu n'as plus besoin de leur dire quoi que ce soit

c'est comme ça qu'ils te voyaient et c'est ce qu'ils te demandaient
toi à t'en défendre tu ne faisais que diluer de la fiction jusqu'à la rendre illisible
le coup de frein à l'élan lyrique et la dilution décristallisante c'est mal vu dans la corporation

les gens et toi pareil
ont besoin de fiction, de mythes, de légendes, de beauté et le cas échéant
d'entendre dire merde et d'aller se faire voir

les gens ont besoin que tu sois une fiction, leur fiction à égale mesure qu'ils sont la tienne
et que ça ne se passe pas toujours bien
ça nourrit leur imagination et leur inspire leur rôle à venir dans les futures fictions
leur propre rôle quand eux diront merde à leurs gens à eux

se dit Jean-Luc en croquant un brocoli cru aussi vert qu'amer
dans les effluves qu'on eût dit pourtant putrides de la blanche laiterie de la vie.










Dialogo, 9

Oh ville urbaine aux faux airs de cité citadine peuplée de villomanes et oh d'autochtones
oh crypto-ville volatile vomissant du jargon
oh infrastructures
oh minuits
oh demains
oh ville de toi qui n'est même pas belle toute nue j'en suis certain
quoique je ne t'aie même pas vue que sous les voiles devant mes yeux que je t'ai mis dessus
ou mises je ne sais plus je ne voyais déjà pas bien ma cité cécité
oh ville de toi qui n'est même pas nue toute belle qui n'est même pas toi toute belle
oh ville vendue et jardins suspendus
oh babil babylonant oh babel papillonnant
voilà que j'écris t'as vu
voici que je t'écris encore pour te prouver que dés le départ je n'avais rien à te prouver ni à personne et à fortiori
rien à écrire pour le prouver que je n'avais rien
oh ville je n'ai rien
rien dans mon sac
je n'ai pas de ficelles oh ville
je préfère t'appeler oh ville
l'apostrophe me suffit oh ville
elle me fait sourire cochonne de ville
elle me remplit sacrée purée de ville
elle me folichonne et catapulte
elle me frôle l'insulte l'apostrophe
je crois que je m'en lasse oh ville
et sitôt que je crois m'en lasser oh ville
l'ho ville me relance comme un
cabinet de recouvrement
ou une parade érotique
les deux
participent du même mouvement
m'énerver tant que je ne sais pas m'en lasser
tu es peut-être comme une drogue j'ai déjà dit ça oh ville
j'ai déjà dit oh ville que tu serais une drogue
la drogue à radoter plutôt qu'à prendre par le nez
la défonce de répéter la défonce de répéter
ça sonne grossier comme ce que c'est oh ville
oh radieuse bourgade
et cité cécité pour citer l'autre excité
si jamais c'était
tombé dans l'oreille d'un sourd auquel il faudrait
répéter

ne t'en lasses-tu pas oh ville
ce qui ne m'a jamais lassé oh ville ce qui me fascine encore
c'est de te regarder te lasser de moi
c'est de te voir t'être lassée de moi oh ville
par miettes ou par étages ou par vaguelettes et flaques
par quelque chose de petit, de discret, de totalement dévastateur et cependant d'une douceur pernicieuse et incongrue
oh peut-être le temps tout simplement
bien que tout simplement ne ressemble ni à toi ni à moi oh ville
c'est comme un contrat qui se serait
ce que font les contrats, scellé par huissier
où tu m'ignorerais et moi te chanterais
oh sole mio oh ville mio I want to be a part of it

Oh ville, oh ville je m'en voudrais d'attirer ton attention
je t'en demanderais pardon si ça arrivait
je n'aspirais qu'à te regarder
merder, être triste et admirer des cons
et t'admirer qui merde tristement en admirant des cons
et je suis tombé absolument sous le charme de ton
opacité
et je me révèle le prétendant le plus opaque qui soit à nul ne sait quelle municipale opacité
le voyeur aveugle de ma cité cécité
au cas où vous l'ayez manqué
et mieux je comprends tout ça et plus je suis seul ça va de soi
plus j'aime ça
moins j'ai d'amis mais
ça va - bien que je ne crois pas t'avoir jamais entendue me le demander, oh ville aimée,
si ça allait.




Dialogo, 8

Oh Banville, oh beau lieu, oh montagne et campagne à la ville,
oh Marcel Amont, hmmm magasins Auchan, oh vraie ville, oh vraies gens
oh oh ah ah oh ah A-ha, oh tubes méchants, oh tyrans mous du consensus moche,
mouches du coche, messieurs importants, oh petites parts et enièmes éléments
Abba, Obi wan Kenobi, oh bis, oh bas, oh trans, homos, à moi,
oh tranches, fractions, factions, sections, mafias, milices et branle-bas de combats,
oh quoi encore et oh rien de tout ça,
oh pour strophes apostrophes pivot et chevillettes à choir
oh pour dents uppercuts aux mâchoires et trolleys enflammés,
oh guerres imaginaires, oh paix des salons de thé
oh paix confuse et dents serrées et thé vert au LSD
oh guerres pépères au comptoir vétérans sédentaires
médiums, massages, cabinets d'obscure voyance et d'extra-tristesse
oh mutilés et mutins et mutines invalides et galopins de bière
oh ville enfin, comment va, moi ma foi,
je t'écris cette phrase qui ne finit pas voilà quoi
toi tu ne me vois pas mais aujourd'hui ça va
je peux me concentrer sur des problèmes plus profonds ou pas

oh arbres, oh platanes et pas platanes,
je peux m'intéresser à des plaies moins abyssales que ton sexe
je peux me concentrer sur des problèmes plus lointains que tes vallées entrouvertes et ton aguicheuse autoroute gratuite
je peux me concentrer sur le mojo urbain et la libido communale
je peux te dire que te sentir puer le pneu cuit tous les matins à 7h30 avant d'avaler des litres de café et me retenir de vomir
m'excite
je peux te dire que j'ai eu tellement et si longtemps peur de toi que je te désire à la truelle au lance pierre aux jets de molotov et au roches volcaniques qui ne se sont pas essuyé la lave aux commissures
de manière moche et désordonnée de manière pas pop de manière sale et de manière pas maniérée
et que la plupart du temps je te déteste tellement que j'oublie de te désirer
et que parfois je te désire tellement que j'oublie de t'aimer
je pourrais te dire que je m'en fous et que nous allons baiser
muni de mon scooter je t'éjaculerai dans les vicinales
je pourrais je pourrais
ce ne serait pas vrai mais, qu'est-ce qui l'est,
vrai






Dialogo, 7

douce ma ville dure ma ville ville ma ville et vile bien sûr et ville bien sourd
un ami m'a dit - enfin, un type d'internet
que je voulais ta classe sociale
que mon ambition seule nourrissait mon désir
que je voulais ta vie bien plus que voir tes yeux cligner tes feux clignoter
d'autant que ma vue baissait
qu'au fond la plus vibrante des chansons d'amour pouvait se réduire
à un trajet vers les galeries Lafayette
et l'angoisse d'y fouiller dans des bacs soldés des articles toujours pas à sa portée
bien sûr bien sûr bander c'est aller vers toi
comme bander sa volonté vers un smic ou je ne sais quoi
une fois que c'est admis que reste-t-il à faire
que de la poésie je te le demande oh ville
et ce que j'appelle poésie oh ville
ce ne sont pas les petites crottes que laissent les esprits avisés sur les murs des réseaux sociaux
ah ah parfait bien vu je m'inscris en faux
ce ne sont pas tes panneaux de com plus creux que minimaux, plus fauchés que modestes
on n'est pas si mal ici, allez quoi venez malgré tout
ce ne sont pas mes poèmes
ah si en fait c'est ça ce sont mes poèmes
je te demande pardon je m'étais laissé emporter par le mouvement rhétorique des "ce n'est pas"
je crois qu'on appelle ça période
période et anaphore
oh ville oh faculté oh université désuniversalisante oh idiots du village global
oh types d'internet et seuls vrais amis qui n'existent pas
vous dites vrai mais quoi
si on peut plus rigoler
ma classe sociale n'a pas changé
du moins je n'en ai pas été notifié
aux dernières nouvelles j'étais précaire de l'intellect, de l'affect et du reste
certes précaire longtemps ça n'est pas loin de solide
aux dernières nouvelles je pleurais en regardant le moment où ils chantent tous twist and shout dans la folle journée de Ferris Bueller
aux dernières nouvelles le seul mot communauté me remplissait d'amour et de fierté et faisait de moi un homme meilleur
ce seul mot et toujours rien que ce seul mot
ce seul mot et moi nous avons trinqué
dansé
risqué des MST
et après
après je sonne blasé mais même ça n'a pas changé
puis je sonne délirant parce que je veux délirer
dancing in the streets
oui mon petit délire réverbère à la Fred Astaire
je sonne délirant
mais au fond je t'aime froidement tu sais

t'aimer c'est la drogue la moins chère du marché







Dialogo, 6

à quoi bon te parler oh ville tu m'as bloqué
tu m'as bloqué depuis de longues années sans le savoir puis en le sachant
sans savoir que tu le sachais, sans séchoir et sans balai
en t'en moquant tout le temps tu m'as balayé comme le vent
et t'en vouloir est comme râler du mauvais temps
tu m'as bloqué comme les intempéries bloquent les bus
des fois tempêtes déluges et ta folle et belle lumière de neige la nuit des fois
orange de réverbères d'éveil comme photogrammes des fois
mais toi tout le temps de tout temps tu m'as bloqué
quand ce n'était pas toi j'étais bloqué déjà
je t'attendais en bas et je voyais encore là quand tu avais pris ton temps pour
me descendre descendre à moi condescendre un tant soit peu
je voyais encore là sur ton visage de ville à portée de triporteur
ou n'importe quelle tournée humble et foireuse
humble et foiré ce n'est pas antinomique
comme le nez sur ton visage oh ville n'est pas antinomique
je voyais que c'était encore là ça et c'était encore là à ce moment ça
cet espoir fou que tu ne me plaises enfin plus
et sa déception immédiate
les embarras
ton embarras
et l'embarras de moi pour piquer ces mots à un poète qui croit que je ne l'aime pas
j'espérais que cette coupe de mauvais goût ma belle ville
que ces deals de shit aux coins de rue que ces chouineries de commerçants que ces tortures saisonnières de musique de noël que ces poses impertinentes censées laisser supposer quelque intelligence cachée que cette odieuse politesse politique que ces odieuses coquetteries que ce bistrot trop décoré et que cet autre pas assez que ces tabourets blancs évoquant un Moloko tiède et policé que ces frisettes qui ne t'allaient pas que ces petites grandes surfaces ces supermarchettes biaisées que ces lunettes qui t'allaient trop que ce malaise profond que ce profond malaise et ces burgers maisons sujets à l'inflation
me dégoûteraient me déromantiseraient enfin
et me revoilà moi avec un bouquet de fleurs que le seul nez qui ait bien voulu s'y fourrer
je ne compte pas les fleuristes - méchants fleuristes débitant du sentiment comme un chanteur de variétés
vignette je t'aime ou meilleurs voeux on peut laisser sans rien aussi si vous ne savez pas trop -
a dédaigné

oh de quoi te parler ville tu m'es bloquée
je t'arpente à présent plein de mauvaises pensées et disposé à en sourire
et ça ne me déplairait pas que tu trouves
ce mot arpenter et ce moi qui t'arpente
bien cavaliers
mais qu'en saurais-je - tu m'as bloqué

enclavés que nous sommes
les sondages l'attestent

Automne à Brooklyn (2013)

L'automne à Brooklyn

Je pense à tout ce que les télécommunications ont fait de bien et de mal à mes relations

Je pense à toutes les fois où je me suis dit « mais non, non,
ça ne peut pas finir là à cause d'une panne de portable »
ou d'une erreur d'affranchissement
ou d'une rupture mais de réseau

Je pense à Karine et à cette cassette audio que je lui avais envoyée
Une cassette-lettre où je parlais, chantais, jouais du piano
Un fébrile truc qui frôlait la déclaration l'abandon complet l'aveu
et la blague et le tapotis sur l'épaule
et le pathétique et le magique
et l'adolescent et l'adolescent (des deux côtés du rivage)

une naissance, un avortement,
quelque chose qui venait de mon ventre comme un rire ou un gargouillis
un ricanement et un désir
quelque chose de tellement intime qu'un de mes poèmes n'en sera qu'à peine la place

quelque chose que je ne peux pas dire et que j'espère avoir jetée car jamais jamais jamais
je ne voudrai la réécouter

Je pense à quand j'ai eu la cassette entre mes mains
avec sur l'enveloppe ces gros coups de feutre noir et le tampon sordide
Défaut d'affranchissement ou quelque chose comme ça
(j'ai pourtant fait facteur après)

Quelque chose comme un mois
Et un effondrement de sentiments
après

Je pense à la lettre bougonne envoyée à Karine,
sans cassette cette fois ci et sans amour
correctement timbrée cette fois, lettre standard

le timbre rouge

et « je suis dégoûté »

je ne pouvais pas lui dire qu'elle ne pouvait pas comprendre à quel point je l'avais aimée et la tristesse de voir ce sentiment hors délai
démagnétisé

je ne pouvais pas lui transmettre en audio mes nouvelles blagues et mes nouvelles espérances et ma nouvelle joie et mes nouvelles chansons et ma nouvelle folle et irrésistible attirance
ma nouvelle magie mon nouveau pathos
étaient perdus
pour elle
et pour nous deux

pour un défaut d'affranchissement

je n'y ai plus pensé puis vint la malévole
que je n'ose encore nommer aujourd'hui de peur que le balcon depuis lequel j'écris ne s'effondre
et celui d'en-dessous, puis le sol en dessous
ainsi de suite jusqu'à l'enfer au centre de la terre
et son noyau de feu
tandis que les ouvriers du toit d'en face m'observent nombreux

tenter d'écrire
quelque chose de si intime qu'un de mes poèmes n'en sera qu'à peine la place

et le téléphone noir à clapet qui se taisait
qui se taisait
qui se taisait
dont l'écran noir restait
dont le clapet noir fermé restait
noir noir noir

ce coup-ci c'était la batterie
et l'enfer fut réglé en deux sms

mais il y en eut de plus drôles
Il y en eut de moins graves
hein

et aujourd'hui
Maryan
je t'envoie
un colis
à Brooklyn

Aujourd'hui Maryan
je t'envoie ce colis

avec des timbres de saut en parachute

avec des conneries comme un distributeur Pez (faisant référence à la série Seinfeld)

avec au dos une blague faisant référence à la série Seinfeld où Newman est le méchant voisin facteur de Seinfeld

Blague que j'ai barrée me rappelant que s'il y avait des chances que le facteur saisisse la référence,
Il y avait aussi des chances que cet Américain n'aime pas les Français
leurs colis mal foutus et bourrés de scotch
exprimant la fragilité tout le temps
et l'auto-dérision blessante finalement
leurs colis fébriles et leurs foutus sentiments

Platonisme
sublimation
fucking melodramas
fucking brain romance
fucking loads of « je ne sais quoi d'indicible »
Jesus, get REAL sometimes
(tout ça c'est dans la tête du facteur auquel j'ai épargné ma blague nulle
en référence à la série Seinfeld)

je n'ai pas pu dormir avant de te l'envoyer (et évidemment cela tombait un samedi,
figure-toi que je n'ai vu qu'aujourd'hui qu'il y avait un bureau d'ouvert le samedi après-midi)

j'ai mal dormi aussi après te l'avoir envoyé

il n'y a pour ainsi dire pourtant RIEN dedans
quatre disques et des bonbons
(je l'ai même écrit dessus pour la douane)

je me suis dispensé de déclarer ma lettre

ma lettre où il n'y a RIEN dedans non plus
rien que des mots gentils et qui n'impliquent personne

je te rassure
je voudrais te rassurer

je voulais te voir avant que tu partes pour te donner les disques et te dire
que tu n'avais rien à craindre de moi, ni ton copain
que je n'étais pas une menace
que mes sentiments pour toi n'avaient rien de contagieux
et que sublimation platonisme et fucking brain romance étaient mes trois mamelles d'extra-terrestre
irradié

j'ai mis tout mon temps tu as mis tout ton temps à la disposition l'un de l'autre et nous
encore une fois n'avons pas pu nous voir

je crois deux choses

que tu as peur de me voir
et que tu as peut-être raison

alors

je pense à Karine à la cassette audio et je me dis que
si je reçois d'ici quelque chose comme un mois
le colis retourné pour défaut d'affranchissement ou défaut de foi en soi ou défaut de quoi que ce soit,
défaut de François,

je t'enverrai – par mail


ça.

Dialogo, 5

Tu m'en as fait accroire, capitale, minipole, supercipalité
à ta décharge je suppliais pour de l'illusion
à tes trottoirs miroirs facettes trous noirs je chantais
"par pitié, tout sauf la vérité"
à ta décharge municipale mes jeux de mots n'étaient pas toujours très bons
mais bon

oh ville, oh protectrice enclavitude
avide de poncifs péremptoires et méfiante à l'égard des tâtonnements vrais
friande des camaraderies factices et des sourires forcés
oh lien social et terrasses engoncées
oh jolie ville où la beauté est aussi rare, souriante et touchante
qu'un coeur façonné parmi les mille pavés carrés
seul parmi de ternes et brillants paradoxes vivants
ivre et drôle et ridicule et magnifique parmi ces cons de passages piétons ces piétons de passage à la con

j'ai toujours eu un faible pour toi
oh municipale entité dont je te fais le cinquième arrondissement
cette fois-ci en quelques fragments pavés piétinoubliés
j'ai toujours eu un faible
et le mot faible est faible pour toi
on devrait dire j'ai toujours eu
un courageux têtard quasi foutu d'avance pour toi
et le nombre un est faible
on devrait dire j'ai toujours eu mille courageux têtards quasi foutus d'avance pour toi
mais on ne le dit parce que c'est un peu long et que ça sonne obsédé.e

un faible
quel faible
va savoir
sûrement pas moi parce que je suis

super fort


Dialogo, 3

Oh ville, oh agglomération, oh univers, voirie, chaussée
j'allais déménager souvent et je restais chaque fois
ville je ne décrochais pas
je t'appelais
je me languirais de toi de la manière la plus
filaire et désuette
veux-tu voudras-tu jamais
parler

l'ami parfait la muse parfaite le fan parfait et le rival sans pareil
comme dans les romans t'habitaient
mais ils étaient disséminés aux quatre coins fois quatre de toi
il fallait traverser à pieds des terrains rénovés en parkings et infestés d'aucun dragon
pour se les fabriquer en kit
oh ville je t'ai survolée je t'ai feuilletée longtemps sans comprendre
je t'ai lue sur wikipedia je pense et je pourrais te réciter
mais je n'ai fait que te croiser avec la bouche plutôt que t'embrasser avec les pieds comme je rêvais

aux détours d'impasses t'habitaient fractions d'ami de fan de muse de rivaux parfaits
et j'étais fraction de prétendant parfait passant ses journées à te feuilleter
brûlant ses feuillets à te fabriquer des jours - oh ta fraction de poète ma ville
fractions d'amis de lecteurs de muses et de rivaux parfaits
l'une avait ses yeux l'autre avait son coeur
d'autres avaient la voix qu'elle n'aurait pas eue
telle la star du muet de Singin' in the rain
d'autres écoutaient sans comprendre d'autres soutenaient sans faille d'autres comprenaient sans répondre
d'autres se tenaient à tes côtés sans parler puis s'en allaient d'autres parlaient trop
et le rival sans pareil s'était déjà avoué vainqueur sans que nous nous soyions mis d'accord sur l'objet de notre dispute
le fan parfait fut le seul à acheter un disque de moi puis il partit s'isoler plus loin que toi
et on n'entendit plus jamais parler du fan parfait
je fais de la musique pour
toutes les îles désertes à l'intérieur de toi
et je vais t'étonner tant le ton de cette ode est au triomphe grandiloquent mais
ça ne marche pas
fraction de vrai dans des fractions de toi peuplée de fraction de gens de romans pas écrits
où voulais-je en venir, je crois que je ne voulais rien dire
oh ville voirie chaussée oh équipements d'aménagements urbains

oh stationnement payant
je t'aime tant

Dialogo, 2

Oh ville où en étions-nous où étions-nous étions-nous
Oh ville miroir fuyant déclin d'écho
sinon ce n'est pas mal non, regarde je t'ai encore écrit une chanson mais elle n'est pas pareille
elle n'est pas pareille à ces déjections fractales dont tous les animaux domestiques aussi
tiennent en secret une sorte de hit parade
le soir tous les chiens - essentiellement des chiens, il faut bien le dire, assez peu d'opposums -
regardent sur écran qui le meilleur d'entre eux qui la plus belle crotte
ils votent les chiens
ils votent la plus belle crotte et à la fin
il y a le bêtisier
il y a les coulisses et le bêtisier et tous ceux qui se sont foirés
et ville, tu ne devineras pas comme j'ai de la suite dans les idées
tu ne me laisses jamais terminer
tu ne m'as jamais laissé commencer
tu ne devineras pas que je suis dans le bêtisier
car je ne tombe pas souvent
mais je suis si glissant, oh ville si glissant
dans l'émission des coulisses je fais coulis comme un trombone ou des groseilles grotesques
je n'étais pas dans le prime time et je ne me suis pas foiré parce que je n'ai rien de canin
je fais partie de ces humains
amusants d'être si glissants
tous les messages que je te laisse sont nettoyés au petit matin
par le vent ou des machines curieuses carrées blanches et lentes et blindées
comme de grandes dents bavantes et fascinantes et illuminées de lanternes
conduites par des employés municipaux à moustache
qui pensent à leurs femmes à leurs rêves à leurs hobbies à leurs amis à l'état du monde
qui pensent à l'histoire d'un crétin qui n'arrivera jamais à rien
mais qui s'y tient
et qui au moins
fait rire les chiens.

Dialogo

Je ne veux plus me creuser la tête à tenter de plaire à une ville qui peut-être veut bien parfois de moi dans son coin
mais me préfère loin
elle me l'a dit la ville vers minuit

elle jouait de ses lampadaires et menaçait d'orages comme elle sait faire comme elle sait faire
elle ahanait de trafic sporadique à l'orée des zones piétonnes
elle ne tendait son doigt sans doute que pour soulager une brève
démangeaison périphérique mais le faisait avec la grâce qu'ont les villes qu'on veut
je la sentais vivre par milliers respirer de tous côtés je n'avais jamais ni assez d'yeux pour la voir ni assez de bras pour l'enlacer
pas assez de chansons pour la faire danser
pour le reste voyez à l'étage
avec la comptabilité

et ce qu'elle m'a dit à l'oreille à minuit
tu es bien gentil mais - pavés, pluie,
station météorologique en mini cube à la Kubrick et plus en gris clair -
je ne suis pas sûr qu'on - Bouygues, Orange, SFR, Free - tu dois mal me
- camions-poubelles et concerts acoustiques, le sérieux au prix du galopin
- j'ai pas mal de de trucs à gérer là en ce moment et - marché couvert d'une permanente eighties - je passe sous un tunnel et je crains qu'on je crois qu'on
perd
le réseau


j'ai tenté une phrase
qui commençait par après tout ce temps
ou bien mais comment peux-tu
j'ai laissé tomber la phrase et j'ai dit
ça veut dire quoi

je crois que c'est clair
on perd
le réseau

mais ça veut dire quoi j'ai répété
comme une boucle de répondeur coincée dans
je ne sais quelle foutue parcelle en travaux d'une autoroute de l'information
à la con

chut a-t-elle répondu en se tortillant les fils électriques
bien que la plupart soient enterrés
les fils électriques
chut et ne sois donc pas si mélodramatique
tu sais quoi j'ai dit
je ne veux plus me creuser la tête avec toi
je ne vais désormais plus que faire ce que j'ai à faire ce que je sais faire
j'ai encore haussé la voix
je ne vais désormais plus faire ce que j'ai à faire et ce que je sais faire


attends a-t-elle dit, attends un moment je te reprends sur l'autre ligne

hm j'ai dit
en regardant ses yeux de lampadaires et ses fils de tramway et son réseau wi-fi et ses parents de montagnes ou bien ses seins de parc et ses pavés de trottoirs et son gris mais joyeux et ses bistrots où je n'allais plus jusqu'à ce qu'ils ferment et à plus forte raison

Hm, tandis qu'à l'autre bout le bain de friture de frustration finissait de noircir les patates de mon coeur ou quelque chose comme ça

Hm plus à aucun bout d'aucun fil

Comme toujours, ma chérie, ma haïe
Ma seule façon d'en découdre et d'en recoudre

L'élégie.

Provisoire

A l'aube de grands changements
(toujours) tourmenté par des souvenirs douloureux

le (toujours) est modulable

toujours et tourmenté font "toutou"
ce qui a un côté
pop sixties ou je ne sais quoi
qui n'a rien pour me
enfin je n'ai rien contre mais

non j'ai peut-être bien tout pour
Tout pour "toutou" de toujours tourmenté

Je ne sais pas
ne m'en veuillez pas d'être indécis car à l'aube souvent de grands toujours changements voila-t-y pas que
des souvenirs douloureux
me tortourmentent me torturent et me tourmentent à tort

tourmentator

ce n'est peut-être aussi qu'un mensonge qui fait un tour sur lui-même le tourment des sou-tourment des sou-tourment des souvenirs douloureux

l'éternel recommencement il me faudrait relire l'éternel recommencement il me faudrait relire
la mer aussi toujours recommencée la mer aussi oui

Mais je n'ai pas le temps de relire

Je classe je trie je range je prépare je me prépare et j'essaie de voir si quelque chose en moi s'est réparé à l'aube
de grands changements je les espère je les attends et à la fois mais, ou juste et, ou juste parfaits, sans déconner,
toujours me tourmentent
des sous, des doux, des voeux, des lourds, des nir, des re

des souvenirs douloureux

à l'aube d'enfin faire quelque chose je regarde derrière et je vois
ce que je vois dedans
ce que je vois devant
à l'aube enfin je vois l'aube toujours

j'ai survécu
j'ai survécu à mes adverbes de temps
longtemps

et je crois bien que je survivrai encore
mais chaque espoir chute
chut ! chaque espoir
chaque espoir chute et chaque fois
plus aiguisé le couperet
et chaque fois de plus haut la tête tombée
si vous m'autorisez
chers bourreaux motivés
la métaphore osée

et chaque fois renaît
chaque fois renaît l'aube

c'est normal me dit-on
c'est ce que font les aubes.

j'en suis de l'aube, j'y suis déjà, j'en suis encore
quoi qu'il se fasse déjà treize heures la banque fermée probablement pas de courrier acheter café dessert aubes et crépuscules finir poème



Interlude

Que dire que dire
Tout n'a-t-il pas déjà été dit, d'ailleurs même ça, si si, dans un poème de Boris Vian, oui déjà
Mais encore
Mais surtout
Tout ce qu'il y avait à dire à moment donné as-tu pu l'entendre toi
as-tu pu te dire toi à tel moment donné ce qu'il te fallait entendre à propos de toi
Hein, hein ? quoi
que diras-tu de ça
viens-en au fait viens en à ce par quoi tu voulais commencer

Que dire de ce que tu crois quand l'effondré n'a pas d'autre choix de rencontrer celle ou celui qui le déseffondreras
et que la rencontre erreur n'a pas d'autre choix que de se terminer par un nouvel effondrement lequel sera peu à peu,
et à coups d'erreurs plus que d'illuminations, à coups d'illusions sans doute mais pourquoi pas puisqu'il n'y a que ça à ce moment-là tu vois
déseffondré un tant soit peu puis à nouveau hop les nouvelles fondations même s'effondrent révélant à terme de nouvelles fondations qui à terme s'effondreront
me fais-je bien comprendre

qu'attendre quand la déception est aussi bien la monnaie d'échange que le prix à payer puis le genre de grinçante récompense
je veux dire

qui peut dire quoi, quel genre de vérité des faits peut détenir qui que ce soit
détenir ou brandir ou crier ou cacher
pour une fois j'ai une réponse à ça

personne n'en a parce qu'il n'y en a pas

en serait-on venu aux mains, à la guerre, à l'amour, au procès, que tu aurais du point de vue à avoir à défendre à pleurer à râler
et du point de vue à oublier et du quand c'est fait c'est fait

mais quand rien n'est fait
il n'y a rien à faire à ça

et viendra un idiot qui dira que ce poème est à propos de rien
et viendra une âme sensible qui perdra ses propres sentiments dans n'importe quel mot
et qui les perdant viendra chercher compensation consolation dans ce qu'elle croit m'avoir entendu dire

et viendra personne et ce sera aussi bien
dans l'entre-temps entre deux effondrements
un vrai rien sans fioritures
sans les trucs que prend le faux rien pour s'embellir quand il n'est
rien que d'autre que rien encore.

Poème à lunettes,...


ces lunettes me donnent l'air absent que j'ai toujours désiré me donner
je vois enfin littéralement le monde à travers un écran

j'ai finalement pansé mes plaies et suis prêt à nouveau à commettre les mêmes erreurs
j'ai longtemps pensé que mes chansons étaient plus intelligentes que moi c'est vrai
mais elles sont aussi plus méchantes et plus tranchées et plus sensibles et plus douloureuses que je ne le serai
elles sont plus moi-même qu'aucun moi-même
je peux chanter que je t'aimais sans avoir plus aucune idée d'à qui je croyais parler
je peux chanter que je suis mort puis trinquer à ma santé
aussi bien ceux que je chante me chantent et m'inventent symétriquement
dans le monde d'eux je suis ce genre d'anonymes auxquels on pense sans chercher à faire connaissance
à propos desquels on tient plus à formuler notre sentiment
qu'à perdre du temps à lire et confronter
un quidam inspirant à tort ou à raison
un mythe, un mini-mythe improvisé dont on aura que les grands traits
des élégies d'absents dont les destinataires sont d'autres absents
le monde des bonshommes qui chantent le bonhomme qu'ils me croient être
est tout aussi absurde que le nôtre
mais plus joli et ses contours plus nets.

V17

Je ne doute pas que ce poème, commencé très sérieusement, finira une de fois de plus comme une grosse farce, mais, en attendant, voici :
on peut dire que j'ai le deuil lent
on peut dire que j'ai le deuil difficile
on peut dire que les gens et les choses n'avaient qu'à ne pas mourir, déjà
on peut en rire

mais je réussis
je suis réussissant, lentement dans l'espèce de gérondif, à survivre mentalement
aux relations qui m'ont été toxiques
à la perte d'argent à la perte de temps
et à l'espèce de discrédit pernicieux que m'ont valu
des erreurs esthétiques humaines et mmm paillardes et pailletées
qui sont miennes
à l'espèce de discrédit pernicieusement disco que j'assume
finalement, lentement, dans l'espèce de gérondif d'en train d'être réussissant

j'ai tout dit dans les chansons et des trucs
peu de gens les ont écoutées peu de gens les comprendront
mais ça ne change rien au bien qu'elles m'ont fait et je dois pouvoir à présent
fort d'elles et de leur souriant désespoir d'adulte finalement
passer à autre chose
pas l'autre chose de machin
l'autre chose de moi

mon autre chose de moi lentement remourannaissant

je n'ai qu'une seule résolution cette année, c'est de reprendre en main tout le bordel
get my shit together

abandonner ce qui doit l'être
travailler sur ce qui doit être fait

écrire dans un cahier en velin 90 g/m²
et pour soi

chanter

et le cas échéant comme les cas sont souvent échéants
me taire
sans que ma tête soit le festival de "mais pourquoi me tais-je" ou "devrais je parler"
me taire d'un seul homme
me taire entier

et quand je parle

parler entier d'un seul homme uniment et comme un tout

que ce soit pour dire

merde

ou
bonne année.



Simplicism #1

I'm too old to care
also I'm too young to care
I'm too careless to care actually

So I'm going to
I'm gonna be going to
write in
english now

english foreign language

I'm fed up with feeling at home
I'm fed up with doing what I'm good at
Or what I'm supposed to be good at
I'm just fed up with doing what I'm supposed to
like repetitive patterns and all

I won't act like I'm living anywhere
I'll just play like I'm going anywhere

I only like making myself and everybody
just a bit
uncomfortable

I wish I made it all
uncomfortable

not too far from "at home"
just 2 blocks away
à peu près

you

are my favorite reader anyway

because you wouldn't point out how "putassier" telling any "you" they are my favorite reader
is

how bitchy maybe? wait

I'll take a look on the
dictionary



Rêve mer

J'ai envie d'aller à la mer
J'ai rêvé que je me réveillais sur les escaliers du monument aux morts dans une couette sous la neige et qu'en allant chercher sur une marche sous la neige mes chaussettes je tombais sur la mer et mon regard tombait sur les profondeurs de la mer et mon regard glissait tombait nageait comme autonome mon regard dans le fond de la mer où tout paraît plus calme je crois que ce n'est pas faux de dire que c'est très bleu et qu'on s'y fout des mots
très bleu la mer il y avait la neige l'escalier du monument aux morts la couette mes chaussettes et devant moi enfin la mer et à côté à l'autre escalier des copains surfeurs improbables et débonnaires
on eût dit dans ce rêve qu'ils étaient parfaits improbables et débonnaires juste assez loin juste assez cool pour accepter si mon regard se détournait de ne plus exister
tellement cool qu'ils n'avaient plus besoin d'exister
que c'était comme on le sentait

il y avait le froid de la marche de la pierre de Volvic de l'escalier du monument aux morts et juste à côté
l'amitié débonnaire du bonheur rêvable à volonté et dans les bras de l'amitié
la planche un peu surfaite sur quoi surfer
mais des rêves commutables à volonté comme l'amitié cool et débonnaire des surfeurs de Clermont-Ferrand
ne s'en font pas de mouron d'être surfaits ou pas puisqu'ils n'ont jamais vraiment été là
que quand ça vous chantait d'en rêver comme on consulte ou qu'on remet des cartes postales dans le tiroir
dans l'espèce de goutte-à-goutte prudent circonspect en journée de l'invention des souvenirs qui fait la mer des nuits goutte-à-goutte qui fait la mer des nuits

j'avais école aussi c'est pour ça que je me levais que je cherchais mes chaussettes et me maudissant de les avoir enlevées si loin de la couette
en me maudissant gentiment cependant
j'avais école mais je n'y irais pas
je n'allais pas y aller l'école je la laisserais
le cool et couler couler dans le bleu cool tout frais accouché de Miles Davis oui
l'école bon bah
j'ai déjà tout manqué n'est-ce pas

remerciement

Litanies de pardons dans la gueule de bois et Leonard Cohen est mort
Il avait dit qu'il était prêt à mourir puis sans doute pour ne pas faire de peine à une femme merveilleuse
Il a dit pardon j'ai rien dit
puis il est mort

moi
je fais de la peine à des femmes merveilleuses
et je ne suis toujours pas prêt ni à vivre ni à mourir

je comprends quelle aberration ça a été si longtemps de me plaindre qu'on me fuyait
quand je me vois si stupide et méchant
bon sang si je pouvais ça ferait longtemps moi que je me serais fui aussi
sans demander mon reste ni pardon, pardon, pardon

l'aberration est là et dans l'aporie je ne peux plus que me taire

je suis ici face à moi-même avec un ordinateur sur lequel je tape des lettres qui font des mots qui sont
désolés de tout
désolés du reste du monde et désolés d'eux mêmes
si désolés tout le temps ils ne me font pas pitié car je n'ai pas de coeur

je les trouve
rigolos et ça ne fait pas de nous de grands amis
je les trouve
sympas sans trop les fréquenter de près
je les trouve
odieux quand ils sont saouls et qu'ils s'oublient au point d'oublier qu'ils ne signifient rien

mais ce méchant garçon gaufré de mots crétins
ce bon bourrin de moi
toi qui ne veut pas fuir et qui l'aime bien
veuilles-tu mon amour en faire ta monture

et d'avancer
un peu
enfin.


Premier poème d'Halloween

Pourquoi ne ferais-tu pas de chansons d'Halloween cette année
N'as-tu donc plus aucun ami au monde ?

Les maisons en feu c'était il y a trois ans je crois
et les trajets dans la ruine noire de suie pour récupérer des cédés bien amochés
et au moment de se décider à les ouvrir se rendre compte que pas la moitié n'en aurait été rangée
mais est-ce vraiment effrayant
non
quand il s'agit du Kollaps d'Einstuerzende Neubauten ou du Sidewinder de Lee Morgan
c'est con
mais là n'est pas la question

Pourquoi ne ferais-tu pas de chansons d'Halloween cette année
N'as-tu donc plus aucun ami au monde ?

cherche de meilleures idées

pourquoi ne l'appellerais-tu pas après tout ?
la perspective d'une heure qu'elle passerait seule avec toi
l'effraierait je crois
tout autant que toi

comme souvent avant les soirées déguisées
- en supposant que vous puissiez jamais vous voir autrement à présent
que déguisé l'un à l'autre - on se disputerait pour savoir
lequel des deux est le premier monstre

Il y aurait de quoi tuer
et plus souvent qu'à son tour

de joviaux boyfriends malencontreusement broyés
des cheerleaders tartes à la fausse ingénuité
proprement écervelées condamnées au no way
et d'attendrissants animaux de compagnie uniquement là pour faire croire
un seul instant que tout est rentré dans l'ordre
quand ça ne fait que commencer

des gros plans serrés sur la chair crispée des mains ensanglantées des yeux exorbités
c'est-à-dire littéralement sortis de leurs orbites les yeux
il y aurait surtout ce cri strident qui nous remuerait les entrailles
la police entrerait et je nierais avoir rien fait
et elle crierait n'avoir rien fait

Non non
pitié
nous voulions juste

chanter.