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Journal d'écriture

 8/11 - influence

 

Alors je vais y arriver

à reprendre ce bouquin

à finir ce bouquin

non à le refinir

à refinir de l'avoir écrit

je me sens comment dire

bien parti


Il y a 5 ans c'était un mauvais bouquin porno 

je veux dire trop mauvais pour être un porno

Cette année c'était autre chose

C'était un bon bouquin pas porno


Au deuxième refus de Christophe

J'ai compris que son influence sur moi s'arrêtait là


Il y a 5 ans le minimum c'était 150000 signes

je savais que c'était mauvais mais j'étais putain de fier d'être arrivé à 

Cent cinquante mille signes

(et je prenais soin d'écrire dans le roman tous les chiffres en lettres pour gagner des signes)


Cette année, le mois dernier

je savais que c'était mieux et j'étais toujours putain de fier

mais l'inflation était passé par là et c'était toujours pas assez porno 

et désormais trop court.


Quand Christophe m'a dit que c'était pas mal 

dans le genre musicalo-sentimental de jeune

(mais non c'était pas condescendant)

mais que c'était trop court

 

j'ai compris que je lui devais une fière chandelle 

de m'avoir suffisamment encouragé à bouger mes fesses de purée d'écrivain

 

(car c'est de ça dont je lui serais éternellement reconnaissant, il m'a parlé comme à un écrivain,

il ne me publiera jamais mais ne me prendra jamais de haut) 


Pour faire deux fois cent quarante neuf mille putain de signes espaces comprises parce que l'espace est féminine en typo plus quatre vingt dix neuf putain d'autres signes plus un plus des poussières de signes

deux fois

mais j'ai compris aussi

que son influence s'arrêtait là

et que non ce n'était pas facile d'écrire du porno pour arrondir les fins de mois

et que facile ou pas c'était pas mon truc

que j'étais en quelque sorte condamné à quelque chose de plus prétentieux


Mais je garderai des scènes de cul, les drôles et qui racontent quelque chose


Par contre, cette semaine


je rêve d'un punk anglais qui buvait trop et je me rend compte qu'à l'époque j'avais un sérieux problème d'alcool aussi

je fais un cauchemar où je lui demande en panique

où est Diane où est sa femme est-ce qu'elle va bien


Je sais que dans la prochaine mouture je parlerai de ça

Je parlerai du concert le plus mal organisé du monde et de la dévastation qui s'ensuivit

 

mais je voudrais parler de l'influence

de tous mes mentors qui n'en ont aucune idée

de tous ceux que j'ai besoin d'admirer et que je n'arrive même pas à lire

 

je me rends compte ou je crois me rendre compte 

que je me suis éloigné de la scène

parce qu'exercer une influence me débecte

parce que je demeure paradoxalement

ultra-paradoxalement terrifié à l'idée

de m'exprimer

 

pourtant

je m'occupe des enfants

et je vois bien qu'exercer une influence

je n'y couperai pas

 

Je vois pas très clair dans tout ça mais je me vois lambiner à reprendre le roman alors que je m'étais fixé décembre

cette semaine chaque matin je pars dans un autre sens, on est déjà mercredi et là

je ne compte même pas les signes, je sais pas, douze,

alors j'écris ce genre de poème

je le pose là

histoire de.

 

9/11 - autofix

Je suis content, j'ai fait mille caractères. Je suis parti sur complètement autre chose. Je voulais une première phrase, mais rien de tapageur genre "t'as vu ma première ophrase". J'ai écrit un truc, une phrase toute simple qui m'a donné envie de me demander de quoi je parlais, et c'est ce que j'ai fait, j'ai écrit mille caractères pour tenter de commencer d'élucider cette première phrase toute bête.

Je suis content parce que j'étais de mauvaise humeur. J'avais passé la journée d'avant à ruminer

"mâtiné d'autofiction"

L'âge d'or de l'autofiction a dû durer une semaine, après c'est tout de suite devenu une insulte.
L'espèce de version littéraire de bobo machin ou autre pseudo catégorie sociologique méprisante.

"Tu fais de l'autofiction, alors ?"

Je réponds huuuueeeeueueuuebrrrrrgggggrrrrmlmlllllmlmmmmmmmbeeeeeurrrrrhah mmmmmoui si tu veux
le type baisse la tête produit son commentaire in petto
et revient vers moi avec quelque chose de glacé du genre
"intéressant. Je vais trouver le temps de lire dans la semaine. Ou le mois. Ou quand j'aurai fondé ma famille de vingt-sept enfants et bâti un empire au Vénézuela."

mouah ah ah

Le problème étant qu'en dehors de l'autofiction assumée, deux autres propositions pires s'offrent à moi :
la justification de faire de l'auto fiction
et la pure dénégation d'autofiction, laquelle est très auto fictive.

Je lui dis doucement : "je ne fais pas de l'autofiction". Les mouettes hurlaient dans la jungle.

Sinon, canaliser ce brin de mauvaise humeur pour faire une littérature qui râle, qui grommelle, mais qui raconte et met un instant de côté la question de l'auto fiction.
Du coup ça fait pas lourd, 1000 signes, mais ce coup-ci ça ne ressemble à un petit bout de truc à placer ailleurs, ça ressemble à un vrai début de bouquin avec des vrais trucs dont on sait pas de quoi ça parle mais qui éveillent la curiosité.

comme dit le poète.

Je dois un coucou à ma fille ce matin au ptit dej à la bourre, un ptit coucou parce qu'elle m'a fait rigoler en se moquant de ma tête de grognon et poussé à faire autre chose en écriture.

Je lui dois aussi un coucou parce que je ne ferai pas plus d'autofiction que ce que je poste de photo de mes enfants sur facebook. Même mouvement de défense. Même déploiement. Même coucou. Mais qu'est-ce qu'il raconte.

Un déploiement grognon, mais un déploiement.

Bref. Fini pour aujourd'hui. Pour le journal du moins.

10/11 

Content de ce que je viens d'écrire.


Ca ne décolle pas mais j'aime les questions.


Lire une interview de Virginie Despentes m'a fait du bien.

(lire les actualités m'a fait tout le mal qu'il fallait).


Cette idée qu'une fois rentré dans la fiction, le livre s'écrit seul.


Je suis resté cette semaine sur le palier

j'ai posé le paillasson existentiel du chapitre zéro.

On verra bientôt si un ou deux ailes me pousse.


S'il n'y en a qu'une je pourrai toujours battre de l'aile

je suis assez bon à ça.


13/11

Bon je suis en dessous de tout
je veux dire 150 000 c'est clairement pas assez
200000 est un minimum tout le monde s'accorde là-dessus

ou alors je fais un roman jeunesse mais avec des scènes porno comment dire
ça ne me paraît pas tout à fait 
approprié

"Du coup" je fais un véritable préquel

un récit précédant le récit,
je prédéroule les fils et j'installe mieux le contexte

ça tombe pas mal je sentais bien que je ne rendais pas justice à plusieurs

objectif long
objectif remonter dans les sensations d'avant

à la recherche des signes perdus
mais là où ça se corse c'est que je dois parallèlement épurer ce que j'ai écrit
enlever le mauvais cul
ou le transposer

sacré boulot j'espère que 4 semaines suffiront
ce matin je n'ai fait que ce tri de ce qu'il me reste à faire
et ce compte

je vois beaucoup mieux où je veux aller mais je n'avance qu'à coup de 500 par ci par là

lyrisme checke tes mails je t'ai écrit plusieurs fois
ce serait sympa qu'on se voie

16/11
 
Je suis dans la phase B12 appelée également
éparpillement total

je reviens à cette sensation originelle
selon laquelle se mettre à écrire pour de vrai signifie littéralement
renoncer au rêve d'écrire

Je ne doute pas de mes compétences quand je n'écris pas
je ne pense d'ailleurs pas du tout en termes de compétence

quand j'allais au festival du court métrage à l'orée du vingt-et-unième siècle
je griffonnais des sensations sur un carnet je ne voulais faire lire à personne

je pense que je me serais vomi à ma propre tête si quelqu'un m'avait dit qu'à cette époque
je développais des compétences

le nerf de la guerre (puisqu'on est dans les clichés)
me tape sur les nerfs et je préfère ne rien écrire que de me donner à relire le lendemain d'un air dépité
paumé

d'ailleurs je préfère me masturber

l'un ses avantages merveilleusement stimulant d'avoir tenté d'écrire du porno
est que s'est instaurée une discipline de la masturbation, je ne me masturbais qu'après avoir écrit

je ne me masturbais que pour une bonne raison et dans de bonnes conditions

la libido se portait bien,
le bouquin se portait bien

pour ce finalement nouveau bouquin que je veux faire du premier
je dois laisser passer du temps

me poser devant le bureau me hérisse

je vais me remettre à chercher des sous, et avec ça,
de nouvelles raisons de râler, une vie sociale, des 
gens avec et de qui parler

sinon

je tourne en rond

je pensais à un type qui mangeait une crème dessert
"ayant un rapport lointain avec la vanille et s'en revendiquant pourtant sur l'emballage"
dans ma tête ça sonnait bien écrit et j'ai failli le noter

je pensais à tout ça en mangeant une crème dessert

les ailes de mon imagination n'ont pas de limites, enfin, leur poussée, leur élan,
leur truc d'ailes quoi, tu m'as compris.

Ce qui est d'ailleurs le nouveau titre du roman

non je blague.

18/11

Bon ben voilà

Je vais pas faire le triomphant hein parce que
j'ai quand même enchaîné un moment où je me donnais des vacances parce que je n'étais pas seul
avec un moment où j'étais seul mais où je n'y arrivais pas
puis un moment où j'ai préféré laisser couler et renoncer un temps pour que ça revienne
 
(j'ai vraiment progressé en portugais d'ailleurs en refusant de penser au roman)

et que tout ça se compte en semaines et qu'on n'est pas sorti de l'auberge

mais samedi aujourd'hui
alors qu'il faut faire plein de trucs, donner le bain, faire le feu, habiller les petits etc
juste une phrase m'est venue

qui m'a fait sourire et qui montre mieux l'ambiance où je veux poser le chapitre zéro (précédant bien sût A B et C)

je te tiens au courant cher vieux journal
voire internaute égaré
 
euh bienvenue !

23/11

Je commence à voir d'où je pars où je vais et c'est jouissif

Je me revois m'emmerder ces derniers jours, m'emmerder, râler et ne pas écrire
et j'ai un sourire parce que je comprends que ça participait 

de ce mouvement-là qui m'amène à 

purée de commencer enfin

Je n'aurai pas de boulot en décembre, cette deadline n'a à vrai dire plus aucun sens

je vais chercher des trucs et vendre des synthés

je me sens parfaitement fauché et empli de joie et d'espoir

comment disait Gombrowicz déjà ?
Comme un steak à moitié-cuit


28/11

Je joue en ce moment, j'enregistre et j'apprends
ça me plaît beaucoup, je voulais documenter le début du roman mais en fait ça a tourné à ça

j'étais dans un troubillon des chansons de mon ami, la tête dedans

et maintenant je ne sais pas vraiment
où j'en suis
j'écris ce début après
un journal non linéaire c'est intéressant
un journal contre le temps
antichronologique, littéralement
j'écris ce début après parce que je me rendais compte
que j'oubliais de parler de ce que je faisais ou pas alors que bon
c'est le sujet quand même

je suis comme ça je suis mon sujet
j'ai des principes monsieur
(fin du faux début cabotinante)


Peut-on se sentir à la fois invité et pas accepté
Ou peut-être est-ce cette chienne d'habitude d'être rejeté
qui ne se trouvant plus d'os à ronger s'en invente de plus subtiles

j'aimerais que ce ne soit que de la paresse
il y a un temps j'ai pensé mettre un point final à ce monologue auto-dépréciatif
genre "qui t'as suggéré que tu étais un écrivain ? tu n'es pas un écrivain"
Il n'y a pas longtemps je me suis interdit de cesser de me penser en écrivain
ni d'ailleurs de me penser en écrivain

Tu le fais, tous les jours, point

Voilà ce que je me suis dit

Aujourd'hui on est loin du "tous les jours" et ça revient
des rêves et des projets en musique
je me sens terriblement
"proactif"
et cependant
quand j'ai envie de me faire mal
(parce que là qu'est-ce que ça pourrait être d'autre)
je me demande si

quelque part

moi "proactif"

moi "écrivain"

moi "projet de musique"
(alors qu'on sait que ça finira chez soi, le feu de bois est génial et les enfants ont besoin de moi)
(comme j'aurai besoin de sous je chercherai et trouverai peut-être un boulot)
(un truc qui finira par un non-renouvellement en bons termes parce que je suis tellement sympa)
(un truc de merde mais je suis tellement sympa et j'ai tellement besoin de sous que je ne dirai jamais ça)
(et je serai coincé à vie dans ce trou douillet/nid perdu et au mieux il y aura un ou deux mp3 qui circuleront de ci-de là avant que l'un de nous décide que baaah)

est-ce que ce n'est pas un peu

ridicule

et est-ce que ce ridicule n'est pas un de ceux-là
qui tue à petits feux

de bois ah ah

30/11
 
Mille caractères ce matin
J'avais pour but d'installer les micros sur le piano
je n'en ai rien fait
 
à 11 h constatant que je n'avais pas écrit
je me suis mis à râler gentiment
 
"je ne sais plus de quoi ou de qui ça parle ce truc"
 
j'ai ouvert le fichier j'ai attaqué
 
j'ai continué à râler comme mon personnage à l'aube des années 2000
 
et, bon, voilà
 
mille. Pas la fête du slip mais le minimum requis pour prétendre
oui, j'écris
 
14/01

oui, bon

tristesse intéressante en parcourant un post facebook ce matin
l'inverse de la Schadenfreude je crois bien
je ne suis pas sûr du "e" pour Schadenfreud"
je ne suis pas sûr du "c" pour Shadenfreud"
je ne suis pas sûr du Sigmund non plus
je ne suis sûr de rien, tu me connais bien

bref, l'inverse de la joie mauvaise qu'on ressent à voir échouer nos némésettes

la tristesse respectueuse, admirative, la douleur résignée et teintée de je ne sais pas
de dévotion peut-être
à les voir 
faire les trucs formidables du genre de ceux que quand je les fréquentais, j'ai fantastiquement et répétitivement
loupés.


17/01

Des histoires d'amour de crevard de 15 ans

des citations de dictionnaires et des élans que la nostalgie embellissait
mais qui ont aujourd'hui pour nom
harcèlement, culture du viol, 
ou en plus simple, en moins putassièrement contemporain

(d'ailleurs écrire un roman tient pas mal de trouver l'équilibre entre putasserie contemporaine et
pire mais moins contraignante putasserie nostalgique
ou bien que c'est juste que je suis de mauvaise humeur,
yu'a un virus qui traîne tout le monde est malade et j'ai mal à la tête)

la honte

la honte et les vieilles clopes
sont le vrai angle de ma première partie

autrement ce serait mentir et je ne sais pas vraiment faire

ça fait partie des nombreuses choses que je ne sais pas faire

la honte et les vieilles clopes

bon cela dit là je reprends le journal d'écriture en ne reprenant que le journal
et pas l'écriture

mais qu'importe 
il fallait bien que quelqu'un note ça aujourd'hui et si ça n'avait pas été moi, qui l'aurait fait,
HEIN ?
Emmanuel Macron ?

24/02/24

Début de semaine ce chantier d'insertion s'annonce bien
je suis recommandé mon niveau d'estime de soi est juste assez bas
on l'emploie parfois dans des festivals locaux, marginaux et non porteurs

ce sont les mots de la conseillère
comme je suis correcteur je corrige quand même
 
pas de nouvelles du chantier d'insertion tout le reste de la semaine
mais cette nuit un rêve
 
mes amis m'offrent une sculpture de femme qui semble en papier mâché 
mais qui est vouée à décorer les cheminées 
allumées
grise et comme de papier mâché, ignifugée,
elle contemple dans un coin le feu qui ne la consume pas
 
je croise alors une amie qui a vécu un drame
elle est accompagnée et je ne lui dis pas bonjour
parce que je me sens idiot et j'ai de la peine pour elle
et je m'en veux d'avoir envie d'elle
 
le lendemain un mail du festival étrange, marginal et non porteur
qui me demande si je suis partant pour cette année
Avec plaisir, je réponds
 
Ah et sinon le heu
journal d'écriture
 
rien, je corrige un bouquin en ce moment, pas le mien, mais
c'est bien.
 

27/02/24

Je ne bosse pas parce que je déprime parce que je ne bosse pas
Comment on est passé de cette merveilleuse sensation de disponibilité à tout
de vacance féconde
à cet emmerdement 
qui ressemble au déchet de l'ennui qui n'aurait pas tiré la chasse
 
wouh
nice shot

1/04/24

Je devrais me remettre à écrire
parce que ça m'éviterait de mariner de ruminer
enfin je le ferais mais
au moins pour quelque chose
ça m'éviterait peut-être d'aller
quérir
chérir des gens qui m'ont blessé et
dont un seul bonjour de ma part
fera à nouveau les grands blessés de l'histoire
je devrais me remettre à écrire parce que je me suis révélé
bon
vraiment bon pour conseiller un écrivain
je déchire en lecteur critique
alors quoi je ne me laisserais rien passer si j'écrivais
c'est d'ailleurs ce que je fais tant que je n'écris rien

mais je devrais me remettre à écrire parce que je vais te dire
j'éi un super journal d'écriture en cours
c'est l'un des trucs que j'ai écrits de mieux
depuis que je n'écris pas

je devrais me remettre à écrire
parce que de tout temps c'est écrire qui m'a évité de me poser la question
de pourquoi écrire ou ne pas

je devrais me remettre à écrire parce que j'ai perdu tous mes mécanismes
toutes ces facilités
et que je n'écris plus la langue pendante ou pour en faire pendre des langues
quand je m'y mets
je suis capable de reporter un orgasme à dans trois jours à présent que ma libido s'est émoussée
c'est dire si je saurais quand je voudrais
(l'usage à l'ancienne, conditionnel de "quand", comme dans "quand bien même"
pardon de cette parenthèse philologique
ou quoi)
ménager mes effets

je devrais sans doute et tiens j'y suis j'y vais voilà

 
 05/04/2024

Non mais c'était juste pour dire
Si on cause de travail d'écriture et qu'on est pas foutu de se rendre compte que dire
à 49 ans et 3 jours révolus
que "la libido s'est émoussée" sans réfléchir
alors qu'en vrai une description précise et juste 
bien qu'elle reste à base de lames et comme demande son fils à Jeanne Dielman
Lame, feu, mais où est le plaisir alors
une description précise serait que "la libido s'est aiguisée"

alors si qu'on est pas foutu de se rendre compte déjà 
que lancer une phrase comme ça ben ça va être chaud et pas dans le sens sexy du terme
plutôt calamiteux
perdre le contrôle de ses propositions, de sa grammaire et de son vocabulaire
écrire est une forme de lutte contre sa dégénérescence bien sûr
L'écrivain est celui à qui le langage pose problème
et je crois que c'est Roland Barthes ça
mais la question n'est pas la question n'est pas là
 
vous voulez que je termine ma phrase alors ?
c'est que depuis le début de ces quelques lignes je n'ai plus autant envie d'être méchant avec moi

L'idée ç'aurait été
Si c'est pour pas être foutu de se rendre compte que c'est un cliché, la libido s'émousse
un cliché et une inexactitude parce qu'elle s'aiguise
et que c'est le contraire et pas le contraire
dans les deux cas il y a amenuisement, forme d'érosion, contrôlée ou non,
et dans les deux cas ce qui est chiant c'est que ça reste un putain de couteau
oué je dis des gros mots
enfin bon c'est peut-être pas si bon justement et
c'est moins clair moins accessible mais c'est un mot ressenti au moins

si c'est pour pas être foutu de se rendre compte de ça, autant changer de métier

genre le métier c'est écrivain et la phrase est pleine d'autodérision
je voulais faire un plan comme ça au départ

mais mmm
la libido s’émince, tu prends ?
s'émince c'est mieux
 
mais répéter autant libido c'est lourd 
le bleu rideau lourd s'émince
 
bleu rideau j'aime bien
 
mince, c'est pas si mal
 
le bleu rideau s'émince et j'ai mal à mes pinces
 
(ça doit être à force de marcher en crabes oh non une vanne entre parenthèses alors que la phrase était toute pimpante toute bien et tout)
 
 


 






Ahlala, quel ennui ! - Spirale de la résolution honteuse


Ma résolution honteuse de 2016, c'était de terminer les bouquins que j'avais ou allais commencer. J'en ai lu trois.

J'ai lu Les Shadoks en grande pompe, d'une traite la nuit de Noël où ma chérie me l'a offert.
Ça s'est avéré un moyen réjouissant de continuer à ne pas comprendre le monde où nous vivons. Délires logiques absurdes, croyances invérifiées d'où découle fourvoiements collectifs et violence gratuite, coolitude inaccessible des Gibis et bêtise attendrissante des modes de pensée chez les Shadoks, grande rigolade et mentors abscons, recherche désespérée et goguenarde d'oracles et de plombiers, il y a de quoi twister le tragique chez les Shadoks, sans doute ma lecture était celle d'un quadra aussi flippé des attentats qu'en crise soi-même et inquiet ou désabusé de sa propre destinée, bon, en tout cas c'était bien.

J'ai lu Anna Karénine, de Léon Tolstoï. J'ai trouvé ça "génial", s'il m'est permis d'apporter cette pierre à l'édifice de l'analyse littéraire des classiques. Le revirement de Kitty qui se guérit d'un chagrin d'amour en s'occupant de vieux malades un peu chelou, puis tire un trait sur cette période en constatant qu'elle n'est pas faite pour ça, faire le bien d'une manière désintéressée, que ce n'est pas son truc, au moment-même où le récit de cette accession à une quasi-sainteté deviendrait presque ennuyeux, m'a fait beaucoup d'effet. Le récit de l'accouchement vu par Lévine, comme une espèce d'apocalypse personnelle qu'il est seul à vivre au milieu de gens souriants et débonnaires, aussi. La récurrence du mot "effroi" quand les gens tombent amoureux. La calvitie de Vronski et les oreilles du mari d'Anna, ce truc génial qu'elle se dit en descendant du train, alors qu'elle est déjà amoureuse de l'autre espèce de maître-nageur Vronski, le fait que ce qui lui saute aux yeux ce soit la laideur des oreilles de son mari. L'intransigeance absolue d'Anna vis-à-vis de son sentiment : "le respect, c'est ce qu'on a inventé pour cacher la place vide de l'amour". La réaction tellement vraie et cruelle de Vronski face à cette intransigeance : (grosso modo) "Rho, voilà qu'elle en remet des couches avec son "Amour"...". Le délire ferroviaire, le fait que tout commence et tout finit pour Anna dans le train, sous le train, dans les gares. Et l'agréable surprise que m'a fait Stepan : dans les premières pages, devant sa femme qu'il a trompée, qui le sait et qui lui en veut à mort, qui est anéantie, il ne trouve à dire que "Ahlala, quel ennui !". Je me suis dit au départ que c'était parce que c'était un vieux livre, que les écrivains décrivaient les choses comme ça à l'époque. Mais en fait, ce décalage complet de Stépan face au monde qui l'entoure, c'est lui, c'est ce qui le définit. C'est ce qui lui permet de faire la passerelle entre le tragique d'Anna et les mesquineries des milieux qu'il côtoie et qui les jugent. Les raccourcis sublimes qui me semblaient propres au type de narration des séries (par exemple, dans Shameless, premier épisode, la force d'une seule phrase où tient toute une histoire parallèle : "Il croit qu'il est sous exta, mais le seul dealer qui lui fasse crédit est schizophrène"), je les ai retrouvés chez Léon. Des milliers de choses qui font désormais partie de moi après cette lecture, je pourrais écrire un roman là-dessus, mais j'ai bien peur que ce soit déjà fait. La seule chose que je pourrais ajouter est le conseil d'éviter l'édition du Livre de poche, très incomplète, sans aucune traduction ni explication des passages en d'autres langues, sans doute pour économiser le papier, édition qui m'a forcé à rechercher sur internet des explications nécessaires, et qui se paie le culot de dire en postface "vous ne venez pas vraiment de lire Anna Karénine, car une traduction n'est jamais qu'une imitation". Grmrf.

J'ai lu "Découper l'univers", de Christophe Siébert. Enchaînement pas si inopportun, après tout il s'agit aussi du récit de quelqu'un qui à travers conflits, parfois métaphysiques, parfois complètement physiques, crises, heurts avec un monde aussi opaque qu'hostile, tire des brins de sagesse et d'un étrange optimisme nourri dans la noirceur. Pas bon pour s'endormir, mais puissant et direct, porté par un amour de la littérature et des gens qui en rendrait la lecture, oui, presque revigorante. Après en avoir terminé la lecture, je me suis mis à sourire et l'instant d'après à sourire encore plus de l'absurdité de m'être mis à sourire après avoir lu du Christophe Siébert. Bref. A l'exception du manifeste final qui m'a semblé un peu hors de ton par rapport à l'intimisme et aux introspections de ce qui le précède, un peu plus forcé - mais je le relirai, j'ai aimé.

Pas un livre, mais il y a de ça puisque ça veut dire sieste de bibliothèque : j'ai écouté ça et lu les textes que je trouve vachement bien écrits, là encore pas follement optimistes (la chanson la plus marrante est l'identification de la chanteuse à une vieille dame qu'on a retrouvée dans son appartement quelques 8 ans après sa mort) mais musicalement riche et subtil tout en restant hyper énergique et drôle... Sans compter que "Je suis Louise" m'a même donné une leçon d'histoire de France, cf wikipedia. Tout en me faisant remuer les bras sur ce refrain tellement lyrique, seul chez moi comme si j'avais quinze ans, l'âge de déjà trop bien savoir qu'on ne sait pas danser. Transférer quelque peu un bout de crise de la quarantaine en retrouvant foi en la pop à guitares, via des GiBi d'Australie, après être passé par Tolstoï et une forme punk de sagesse, ça me semble un parcours tout à fait shadokesque.



Au fait, j'ai fait un article sur Library Siesta sur ADA, c'est là :

Des bouquins, j'en ai plein que je veux lire, maintenant. Du Malcom Lowry, du Christophe Esnault, du Jacques Séréna, Guerre et paix, du Thomas Vinau que j'ai commandé, du Jim Thompson, l'Exley que j'ai commencé y'a au moins deux ans, "Naïf. Super." dont j'adore le titre et que j'ai commencé aussi... Bon, je fais ici exception à cette règle un peu couarde qui consiste à ne donner ses résolutions qu'après les avoir suivies ; me voilà donc... courageux, wouh !

Je vais peut-être aussi enfin faire la newsletter promise ! Le problème des news, c'est qu'elles changent souvent, mais je vais faire un effort pour les chopper au moment où elles ne seront pas ni trop vieilles ni trop en avance. D'ici avril. Avant avril. A l'horizon d'avril.














Nara Leão en VHS - spirale tarte

C'est inexact de dire que ça fait deux semaines que je n'ai pas touché ma guitare ni le piano ; je les ai touchés, mais ils ne me disaient rien. 

J'ai aussi essayé d'écrire. L'application "bloc notes" est toujours ouverte sur l'ordi. Je crois qu'il pourraient passer à une version 12 de Windows, directement connectée au cerveau pour anticiper les besoins de l'usager, commandant le produit auquel tu n'as même pas commencé à penser, tant qu'il y a l'application Bloc-notes, je continuerai à utiliser ça.
J'ai essayé Linux, essentiellement pour pouvoir dire un jour : "j'ai essayé Linux". Ce jour est venu. Le fait est que je n'ai pas grand chose d'autre à dire, alors, ça fait toujours une ligne. Et, Hollow Inside des Buzzcocks, je crois avoir déjà fait une spirale sur l'ininspiration. (Je ne crois en l'inspiration que quand elle me manque).

Peut-être n'avais-je pas mis celle-ci, qui me fait toujours sourire et où ça cause trop vite pour que j'arrive à la reprendre. Peut-être que si, je l'ai déjà mise, ainsi que les suivantes, mais ce n'est pas grave. La redite est tarte et cette spirale assume et revendique sa tartitude.



spirale spongieuse songeuse spirale

Je lis et regarde
http://wijbicketsessynapsettes.blogspot.fr/

en écoutant
un dimanche

cet album obsédant de tango triste, muet et beau de bout en bout, qui ne m'a jamais quitté :



je songe

songer est le mot oui

je songe

je songe que je pense trop et songe trop peu

et je songe et songe et songe

je me sens bien

j'enlève deux phrases au poème d'hier
il n'est peut-être pas toujours bon pour autant
mais je l'ai rendu meilleur.

c'est une belle journée.

Laura by Don Shirley - Spirale de la tempérance, du two-step, et des notes perdues




Bien avant de faire quoi que ce soit qui me donne la joie de répondre aux journalistes, j'ai toujours aimé m'inventer des interviews imaginaires, depuis que j'étais gamin et qu'Apostrophes ou Droit de réponse passait à la télé. Sans parler de Gainsbourg, d'Oscar Wilde, de Cioran ou de et de leur sens de la formule. Les réduire à ça est superficiel, et réduire soi-même à des répliques cinglantes à des questions que personne ne vous pose en réalité, est immature et un poil pathétique (tout à fait dans mon registre) ; or, "je ne me trouve jamais aussi superficiel et immature que lorsque j'essaie de paraître intelligent", comme dirait, mettons Ringo Star pour le coup.

Aussi, à la question  "Pourquoi cette fascination pour les chansons américaines des années 1920 ?". Je répondrai, dans un premier temps... "Euuuuh...". Pourquoi ai-je été autant fasciné par Jobim et la bossa nova ? Pourquoi suis-je fasciné par les interviews ? Ai-je déjà fait quoi que ce soit qui me donne la joie de répondre aux journalistes ?

Eh bien voyez-vous, je me considère toujours en apprentissage, et toujours dilettante, et toujours curieux. Je suis le type le plus sédentaire du monde, voilà pourquoi je m'invente autant de voyages. Ohla, non, coupez, c'est naze. Dans les interviews imaginaires on peut toujours reprendre les conneries qu'on dit. Je regardais Boardwalk Empire l'autre fois. C'est une série sur les années 20 aux états-unis, Prohibition, corruption, lupanars, charleston, fox-trot, two-step etc. Eh ben, je trouve ça chouette. (Le journaliste note : "chouette"). Hm. Et puis j'arrête de boire en ce moment, du coup toute l'histoire de la Prohibition donne un tour grandiose et épique à mes petites affaires personnelles. ("Chouette..." "Tour grandiose"...). Mais... Plus profondément... (le journaliste lève la tête d'un air intéressé), eh bien, je viens du surréalisme et j'ai soif de tout ce qui rend exotique, étrange, le quotidien, tout en ayant de l'ironie sur ma propre, heu, soif d'illusions vous comprenez ? (le journaliste ne comprend pas). C'est un rêve dans un rêve encore une fois. La soif d'apprendre côtoie le désir de se perdre, chaque trajet est une dérive et chaque dérive a ses limites. Je crois en l'équilibre par la dynamique, par la dialectique, par le fait de passer d'un pôle à l'autre, sincère à chaque fois, entièrement à chaque fois, jusqu'à ce que le gong dise "arrête, là, et pars dans l'autre sens". C'est pour ça que je n'ai jamais essayé les drogues dures parce que j'ai peur de ne plus entendre le gong, et la question c'est, pour qui sonne le gong, et les années 20 c'était aussi la guerre des gongs, ah ah ! (là, je joue ma carte Higelin/Van Damme, je me lève de la chaise et je... performe. Le journaliste en profite pour lever la tête de son carnet et regarder les bibelots en bois du bureau. Mes interviews imaginaires se passent souvent dans un bureau avec des trucs en vrai bois. Pas présidentiel, plutôt vieil écrivain.)

Oké. Donc, chouette, two-step, tour grandiose, performance, trucs en bois. Le peu de journalisme que j'ai pu faire m'a fait réaliser que la prise de notes pouvait être un art en soi. Là, je m'écrie  "Marge Simpson" ! Le journaliste note : "bien sûr  mon épisode préféré des Simpsons, Marge incarnant les ligues de tempérance à l'époque de la prohibition, à l'occasion de l'ouverture de La Maison-Derriere dans Springfield. Youtube. Hélas images non animées."




La bataille de chansons entre la légèreté volontiers scabreuse et l'aride refrain abstinent, c'est toute ma vie. (Là, je joue ma carte "c'est toute ma vie", une technique d'interview assez efficace : "la ligne de tramway va jusqu'à La Pardieu." - "Ah ! C'est toute ma vie !"). Peut-on réduire le désir d'immaturité chez Gombrowicz à la tentation bourgeoise de l'encanaillement ? ("en-cas allemand", note le journaliste, puis en tout petit : Bretzelitch) - non, à cause des mouvements de la conscience et du fait que la conscience en apprend plus dans ses allers-retours, dans ce parcours cahoteux, qu'en suivant une ligne droite avec un but particulier. ("but particulier ?" note le journaliste.) "Vous voulez dire que le two-step a un but particulier ?"

Je me tais et considère Edgar, mon intervieweur, avec émerveillement. "Veux-tu être mon ami ?" Lui demandè-je. "Cette formule résume d'autant mieux ma pensée que je ne vois pas du tout ce que je veux dire. Et ça, ne pas savoir ce que je veux dire, c'est toute ma vie. Ce ne sont pas tant l'un ou l'autre que la relation entre l'un et l'autre, que le mouvement, que l'électricité, qui m'intéresse. On me pose souvent (sans arrêt à vrai dire, ça ne me laisse plus le temps ni d'y répondre ni de le faire, pfiou, saleté de journalistes - sans vous offenser) la question de comment je compose : très souvent, une grille harmonique en elle-même simple et peu originale est enrichie et parfois bousculée par un ostinanto de deux ou trois notes qui tantôt soutiennent cette grille harmonique, tantôt rentre en conflit avec. Tantôt agaçantes, tantôt poignantes, tantôt en accord. C'est flagrant dans Dimanche, dans Yeux (do-mi), et aussi dans des reprises où à partir d'une grille d'accords donnée, je m'amuse à trouver deux notes qui tenteront tout le long du morceau de s'intégrer à la mélodie, plieront parfois, rentreront en franc conflit à d'autres. (Mandy weird notes, I'm gonna sit right down). C'est intéressant pour moi de reprendre les standards parce que, heu, je ne suis pas un type si théorique que ça, mais le peu d'idées que je peux avoir, les développer comme ça, heu, je trouve ça intéressant, et ça montre aussi quelque chose d'à la fois fragile et d'intemporel dans des structures considérées comme classiques, puisque, heu, c'est la définition même du standard. Pas téléphonique hein, ah ah !"

Silence, puis le journaliste : "Ah, être ami, c'est très gentil mais j'en ai déjà trois !". Il note : "trois". Barre, et renote : "3". La prise de notes est un art.

Silence, et je reprends : "Je n'ai rien inventé et je le sais, mais je pense à l'émerveillement que j'ai eu quand j'ai écouté cette reprise du standard Laura par Don Shirley. J'aime cette note incongrue qui tout le long de la ballade vient interférer, parfois timidement, parfois presque grotesque, pour prendre un sens dans l'harmonie sur un accord, puis se plier très brièvement au mouvement des autres notes, pour revenir à sa détresse dérisoire et merveilleuse de petite note, "fausse", ou seule à être vraie, perdue dans un flot romantique. C'est à la fois intelligent et sonorement ça ouvre la porte à des émotions qui... Ça correspond à l'histoire de la chanson, qui est aussi le coup du rêve dans un rêve, parce que Laura est une femme tellement parfaite qu'elle n'existe que dans un rêve, et donc que dans cette chanson, tu vois, Edgar ? La note dans ce morceau de piano, dans cet arrangement - dérangement du standard, c'est la Môme Néant, c'est l'étonnement de ne pas être né qui fait contrepoids à l'inconvénient d'être né... Et voilà, ça fait partie des moments où je me dis : j'aime ça dans la musique, quand ça raconte des histoires absurdes comme celles-là, parce que nos histoires à nous sont universelles dans cet absurde, et nous sommes tous des notes perdues (non pas comme dans Baudelaires des albatros ou des accords dissonants dans la grande symphonie, mais comme dans Gombrowicz, des êtres désireux de participer à l'humanité sans renoncer à ce qu'ils sont, et qui échouent aux deux, et dont la persistance dans l'impossibilité est à la fois la bouée et le boulet, et qui ne cesseront jamais ni d'essayer ni d'êtres jugés, et dont la seule issue n'en est pas une, enfin, j'adore l'ironie de la phrase finale de l'Homme Révolté de Camus, "il faut imaginer Sisyphe heureux"). Ah, je ne sais pas, je ne suis pas philosophe et j'ai toujours du mal à mettre en place mes idées, mais..." Pas de Youtube. Trouvable sur deezer.

"Je m'excuse de vous interrompre, mais j'aimerais recentrer le débat : la foire de la nouille... Combien d'exposants cette année ?"




Toodle-loo - Spirale de Babel


Peu à voir avec le prochain album de Jean-Louis Murat, nommé Babel aussi et enregistré avec le Delano Orchestra, dont j'ai écouté le premier titre, "chacun vendrait des grives", sur Soundcloud. Vous le trouverez.

[edit : Je m'amuse du high-score de cette spirale, linkée par un fan d'icelui sous la laconique étiquette : "un chanteur auvergnat jaloux". Le blog n'est pas mal d'ailleurs, juste, c'est de bonne guerre, c'est un fan de Jean-Louis Murat, et moi non. Ça m'a donné envie de me pencher un peu plus sur Jean-Louis Murat. J'aime toujours pas et je commence à voir mieux pourquoi. Je n'aime pas la variété aux prétentions d'élégance, et l'écriture maniérée, et je n'ai jamais aimé sa voix ni sa manière de chanter -  en fait la gentillesse et la douceur de ce que j'en dis ci-dessous ne s'explique que par le fait que j'ai toujours trouvé - jusqu'à preuve du contraire - ses fans plus sympas et ouverts que sa musique, et que je n'ai donc aucune intention de les blesser. Ça commence à faire un peu de trucs à dire, mais à l'époque :]

J'ai d'ailleurs peu (aussi) à en dire. Ça m'intimide un peu peut-être, ça ne me séduit pas complètement sans doute (adverbes forever). J'ai un peu de jalousie de base, très bête et moralement pas bien défendable (il est connu, moi non, je les écoute et j'en parle, eux non - un peu comme Johnny Halliday et Albert Einstein) (histoire de dire que cette jalousie est universelle, s'intéresse à tout ce que je peux voir défiler dans mes mails, mes fils d'actualité, mes recherches personnelles, et disparaît dès que j'ai une chance de pouvoir m'exprimer devant plus d'une personne - donc : 1) ne sous-estimez jamais mon égocentrisme, aussi subtilement que je sois amené à le dissimuler, et 2) invitez-moi), et pas mal de sympathie (un gros nuage de guitares avec des voix vagues et du texte incompréhensible, ce maximalisme me ressemble tellement peu, semble tellement à l'envers de ce dont j'ai envie en ce moment, qu'il finit par me toucher). Dans la catégorie "musique francophone écoutée en tant que passager dans un long trajet en voiture, le conducteur étant fan", je préfère Jean-Louis Murat (Mustango, un trajet chouette) à Michel Sardou (l'intégrale de son best of et mon pire auto-stop). Dans la catégorie "chanteurs français charismatiques et inventifs", comme d'habitude je préfère Dominique A (dans beaucoup de catégories, je préfère Dominique A). Dans la catégorie "Auvergne", je préfère le Cantal jeune (pour dire à quel point je suis un mauvais auvergnat) et n'aime pas trop ni l'Avèze ni la Salers (là, c'est l'excommuniation - mais bon, des années pour accepter ce fait, que tout comme pour le pastis, je préfère ce que suppose l'idée de boire du pastis ou de la gentiane - terrasse ensoleillée et accent chantant pour l'un, air de la montagne et rigolade entre copains pour l'autre - à l'ingestion en elle-même, et à ce curieux phénomène qui leur est aussi commun : une gueule de bois immédiate sans passer par la case ivresse, un mal de tête qui n'attend même pas qu'on soit saoul pour débarquer au bout de la première gorgée). De quoi parlais-je déjà ?


Babel et les langues. En juillet je m'ennuie, et août vu d'ici n'a pas l'air trépidant non plus. Invitez-moi à jouer mon opéra-rock en septembre, sinon, je m'enfilerai des heures et des heures de séries américaines, et je partirais dès le matin dans des trips wikipediens plus ou moins fructueux, je ruminerai mes échecs en mâchonnant mon Cantal jeune, bref une descente aux enfers digne de celle de Roger Waters dans Pink Floyd The Wall, surtout dans les fantômes de Vera Lynn et de l'Opéra de Quat'sous. Ca m'effrayait quand j'étais gamin, c'est kitsch aujourd'hui, mais bon, je peux faire le malin en parlant des récitatifs de la passion selon Saint-Mathieu de Bach (und weeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeinete biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiitterlich), des miniatures de Satie, du Commercial Album des Residents, de Comelade, de Cage, de Patrik Fitzgerald, du Draussen ist feindlich d'Einstuerzende Neubauten et de Brautigan et de Raymond Carver, n'empêche, la première miniature minimale qui m'ait fait de l'effet et donné envie de me pencher sur le genre était bien le "Goodbye cruel world" de The Wall, son arrangement d'une note et sa fin comi-tragique tranchée à l'escarpolette. Alors, camembert.



Quel rapport avec Ba(by)bel et les langues ? Un fromage sincère et poignant. Ah, "mes pensées sont mes catains", ou, en négatif et comme disait ma prof d'histoire géo, "je crois que je pense et (ne pouvant rien tirer de ce que je pense en matière géopolitique) je ne pense rien". C'est à cause de juillet, et sa très lente agonie, que couronnera bientôt le judicieux choix aqueux de prélever une facture annuelle de quatre-vingt-dix euros le 29 du mois. Dans les commentaires d'un blog cliquable et super chouette, j'en ai assez de lire encore qu'"Alabama Song" chanté par les Doors vient de l'opéra de quat'sous. C'est faux, c'est incorrect, c'est une erreur, ça vient bien d'un opéra de Weill et Brecht mais c'est "Mahagonny". Du coup j'ai écouté le Songspiel et l'opéra en entier, et lu l'histoire. C'est vachement bien aussi, musicalement plus inquiétant et tendu que l'Opéra de Quat'sous.



Bon, il va falloir que je me remette à acheter des disques (quand juillet et sa facture de fin de mois seront passés) pour pouvoir consulter les livrets et leur traduction de tous les genres plus ou moins dérivés d'opéra ce que j'ai eu envie d'écouter ces temps-ci, parce que c'est des conditions d'écoute pas géniales, tu écoutes un morceau tout en passant un bout de temps à lire ce que tu as mis un bout de temps à trouver et qui met un bout de temps à charger en pdf pendant que le youtube joue et que tu te rends compte que c'est en fait la version en allemand d'un autre truc chanté par Jean-Louis Murat à Tokyo en 1995. Le morceau passe à la trappe facilement. Tu en retiens un truc brouillon qu'écrire, penses-tu, t'aiderait peut-être à mettre au clair, et qu'écrire, constates-tu, t'aide à mettre au confus. Tu tapes "Rasoir d'Hanlon", "Rasoir d'Ockham", "Rasoir du type de Pink Floyd The Wall", "Toodle-loo", "Songspiel", "Singspiel", "Ballad opera", et "witold bolik Broadway" dans Google. Ah mon vieil ami, tu te disperses si tu veux mon avis. Invitez-moi putain, je vous jure que je suis plus drôle en vrai et beaucoup moins prétentieux que je m'en donne l'air (évitez seulement de me faire boire trop avant de commencer).

http://www.desillusions.fr/2012/07/le-rasoir-dockham-le-chiche/

C'est Babel quoi (tsé). En fait je pensais à ces passages en anglais dans Mahagonny, notamment justement "Alabama Song". Brecht les aurait écrits en allemand, puis demandé à une traductrice de les "mettre en anglais". Retrouverais-je dans l'historique de mes errances internautiques la fois où j'ai lu qu'il s'agissait là de "parodie d'anglais". Je ne suis pas sûr que ce soit dans l'intention de Brecht au départ mais j'aime l'idée d'une parodie de langue, calquée sur la langue maternelle, réduite à une expression crue et sans lyrisme, utilisant des clichés et des raccourcis, non conventionnelle, faussement malhabile, authentiquement minimale. Cette fausse maladresse qui me touchait dans les phrases discrètement bizarres des chansons de La Fossette par exemple - par modèle. "Les cheminots sont sombres" (dans "Trombes d'eau", toujours pas sur youtube apparemment), ça se rapproche de ce que j'imagine de plus chouette dans ce que serait de la "parodie de français". La phrase est correcte et poétique, et joliment pas naturelle - "obscure et âpre", un peu comme ce que reproche ici Sainte Beuve à Louise Labbé (merci Zazar pour cette référence inhabituellement classieuse) : « On ne peut disconvenir que dans ce sonnet si beau, mon désiré heur pour bonheur ne soit bien dur et heurté. Louïse a beau faire, elle se ressent un peu de son maître lyonnais, Maurice Scève, le plus obscur et le plus âpre des rimeurs de son temps. »

http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/lettres/louise/sonnets/viii.html

Quant à moi j'ai tellement écrit de chansons en parodie plus ou moins volontaire d'anglais que je traverse à présent une Crise d'Inspiration, je vous le dis tout net. Tout ce que j'ai fait ces derniers temps, c'est quelques poèmes et, avec ma fiancée, la loooooongue, très longue comptine écrite par mon papa pour mon ptit neveu Antonin. Du coup j'ai laissé l'enregistreur chez la miss, ce qui explique aussi que je n'ai rien enregistré ces dernières semaines. Invitez-moi. N'hésitez pas à me payer hein, prévoyez tout de même au moins de quoi me défrayer, mais surtout, invitez-moi. Des vidéos à venir. Bientôt.

http://www.adecouvrirabsolument.com/spip.php?article5409

Dans les parodies de langue, et en regardant une série (pas très réussie celle-là), je suis tombé sur "Toodle-loo". Un américain d'origine anglaise à Los Angeles écrit un sms à une femme qu'il désire séduire, et termine ainsi son message, en expliquant à son pote le sous-texte : "et je termine par "toodle-loo!" : allusion à ma britannicité". Je me suis dit que ça devait être typiquement britannique donc, et j'ai cherché pourquoi, je suis tombé sur ça :
http://fr.urbandictionary.com/define.php?term=toodle-loo

Je sais maintenant comment mal prononcer "toodle-loo", en parodie de français parodiant l'anglais qui parodie le français. Et Stephen Merchant dans sa série "Hello Ladies" est pris en flagrant délit d'approximation, mais vous vous doutez que de ma part ce n'est pas un reproche. 

Toutoulou donc ! Ouilmiteuguène !


(Hé, c'est elle Vera Lynn, c'est celle qui chante ! Kubrick a fait la blague avant Roger !)







summer is ready - spirale de plage

J'ai envie de nous faire rire
mais je ne trouve rien de drôle à dire

il y a eu cette sensation ce matin en me réveillant
de vacances comme quand j'étais gamin
dans ces espèces de trucs préfabriqués de bord de plage
qui nous faisaient rêver
alors que bon

sans doute seulement d'être ailleurs c'était
et l'odeur de la mer
et ces discrets courants d'air la promenant l'odeur
jusqu'à nos deux narines intactes d'enfant non-fumeur

voir un type en tongs
mettre soi-même des chaussures de couleur extrêmement vive
avec des chaussettes tout de même
et des courants d'air très discrets et se balader torse nu chez soi
et les sets de table neufs sur une table très rarement précieusement propre et désencombrée
plane la table
étale

il y a eu l'autre sensation d'un courant d'air de luxe
le courant d'air parfait comme une caresse brève
un clin d’œil du vent un geste tendre impromptu

il y a eu aussi la serviette de plage tombée d'un des balcons de
heu la petite résidence
comme ça arrivait parfois
dans ces trucs préfabriqués de stations balnéaires
qui nous faisaient rêver
alors que bon

comme si la mer était à côté

comme si on allait tous se baigner

tous à Clermont-Ferrand

dans nos petites résidences

allez hop

tous en maillots de bains

oh gouvernements
faites passer vos lois cheloues
durcissez vos conflits, encrassez vos manigances

moi le peuple j'ai la tête ailleurs et je laisserai tout passer
en émettant à peine le grognement vague d'un vacancier en pleine sieste
que le bruit du monde comme un moustique vient agacer
sans vraiment réveiller

car les courants d'air jouent ici par la fenêtre
les choses sont jolies
les choses ont "la couleur locale"
ce n'est pas de leur faute ça leur a pris comme ça
à cause d'une table propre et d'une serviette et d'un type en tongs
ce n'est pas grave si c'est sale et petit
plein de sable et plein d'ennui
ce n'est pas grave si les gens crient
les choses sont toutes enduites de "couleur locale" comme d'une crème solaire
visqueuse mais bienveillante
et tout est bien
même ici

une envie de bonheur débile sans une once de culpabilité
pleinement légitime d'être totalement imméritée
oh yeah
et j'écoute la dernière éclaboussure des copains du webzine
(tiens-c'est-gratuit-c'est-bien : http://www.adecouvrirabsolument.com/spip.php?article5490# )
et plus que jamais

Summer is ready when you are.













It's up to you I'm alright - Spirale du temps perdu


Certes, pourquoi ne pas être en permanent conflit avec soi-même ?
Mais certes, et du même coup, pourquoi ne pas cesser de l'être ?
Le conflit intérieur anti-conflit intérieur, ou chercher la manière la plus compliquée (et donc, simpliciste) de se sentir bien au final.

Après avoir vociféré plus haut ma détestation de toute forme de nostalgie, et voulu décréter qu'elle n'était que mensonge, je décidai donc d'accepter mes penchants nostalgiques du moment, et je me lançai au passé simple (chose rare chez moi) dans cette furtive recherche du temps perdu en trois volets sonores.


RTP#1 - je rejouai ma première chanson en anglais, je la réarrangeai et la réécrivis.
Parfaitement inédite puisqu'abandonnée par mon premier groupe, elle contenait tout ce que j'ai mis plus tard dans les chansons que j'écrivis en anglais : des fautes et des approximations d'anglais, des slogans ambigus ("c'est à toi de voir, moi ça va bien, je regarde l'heure") chantés en canon, un sentiment d'abandon enseveli sous des couches d'ironie, un break anti-conformiste brisant le train-train harmonique (du même acabit que ceux qu'on reprocha plus tard à Bolik dans Old wave ou Dead singers, les croyant plaqués après-coup), une légèreté soucieuse et un goût immodéré pour les mélodies entêtantes. Je pris beaucoup de plaisir à me souvenir de tout ça et à le mettre au diapason de mes obsessions du moment, notamment les lignes de basse extravagantes (bon sang que j'aime jouer de la basse), et les chœurs improvisés. Je rajoutai le nouveau slogan ambigu, devise à la Janus : "je devrais revenir dans les années 90 et travailler sur mes compétences sociales". Le résultat bien fragile me toucha à la réécoute, bien au-delà de ces qualités ou de son absence de qualités musicales, et j'eus seulement envie de continuer cette recherche du temps perdu, que, pour ne faire aucun tort aux écrivains moustachus et rendre justice à la portée miniature de celle-ci, je choisis dorénavant de désigner sous l'acronyme RTP.


RTP#2 - je me servis du tout premier instrument qu'il me fut donner de toucher. Cour d'école d'un petite ville (socialiste) de l'Hérault. Prêté par un copain qui ne semble pas voir l'intérêt de ce gadget ridicule, un clavier électronique monophonique de la taille d'une grosse boîte d'allumettes (la pile 9V prenait la moitié de la place). J'essayais en vain d'enregistrer sur le séquenceur (car il dispose d'un séquenceur) les syncopes de Rock it d'Herbie Hancock, un de mes premiers chocs auditifs. J'en retrouvai un aux puces dans les années 1990, et en fit en 2000 la pochette du premier disque du "De Witold Bolik Projekt". Je le sauvai de l'incendie de mon appartement et l'entreposai chez un ami pendant un an. La taille minuscule de l'engin me contraignit à de longues errances dans mes tentatives de prise de son. Je finis par me dire que le plus simple était de profiter des dérapages sonores dans les aigus pour produire grâce au séquenceur une figure rythmique simplissime qui me ferait office de boîte à rythmes. Je voulus jouer amazing grace, tant le bourdon de la première piste me rappelait celui des cornemuses, mais mes doigts me menèrent vite à la mélodie de ce standard de Beck, dont la portée nostalgique se révéla plus grande encore que celle des cornemuses.
Le résultat sonore en était plutôt objectivement laid, mais cela me laissa indifférent. (si ça ne marche pas en "embed", essayez là : http://witoldbolik.bandcamp.com/track/loser-beck )


RTP#3 - Continuant à laisser mes doigts vagabonder dans les quelques millimètres carrés de ce si joli instrument, je réalisai que la meilleure manière de rendre le son si particulier du haut parleur et des vibrations du plastique serait d'utiliser un microphone d'une taille et d'une qualité équivalente : celui de mon téléphone portable. Je me lançai donc dans une interprétation "fleurie" du September Song de Kurt Weill. La première version que j'avais écoutée, celle de Coleman Hawkins, aux rugissements merveilleusement indécents, outranciers, sensuels, avait contribué à bouleverser mon adolescence (laquelle adolescence ne demandait qu'à être bouleversée, il faut bien le dire), et c'est une des mélodies que j'adore, des fois jouer, des fois essayer de jouer.
Si j'essaie ou si je le fais, pour cette version, "c'est à vous d'en juger ; moi, ça va bien. Je regarde l'horloge."

Pascal Comelade - El pianista del Antifaz






J'ai fait la manche une fois à Rennes
Je n'avais pas de quoi me payer mon costume de mariage

Ça s'est arrangé

Voilà toute l'histoire

et après
à une terrasse d'un bar avec mon frère
j'ai trouvé d'une laideur terrifiante
l'espèce d'introduction world music et synthés
Puis ridicules les trémolos grandiloquents du chanteur
d'un disque qui passait
quand les guitares hard rock sont arrivées
je me suis dit que je n'avais jamais rien entendu de pire
et j'ai reconnu Noir Désir
l'intro d'un live

Je vais vous dire que je me suis dit
tout ce que je me dis à présent
en écoutant chez moi
El Pianista del Antifaz, le dernier album de Pascal Comelade

Je me suis dit que je n'aimais pas qu'on tire la manche à mes sentiments
Et qu'un disque vienne et me dise : "allez maintenant tu ressens"
que je n'aimais pas non plus faire la manche aux gens
ni leur dire ou faire sentir "soyez indulgents"

il y avait donc un truc où il était question de manche
voilà
je n'aime pas les effets de manche
je n'aime pas quand la pluie dégouline dans mes manches

Sinon (habile transition)

J'ai connu une Suisse-allemande
C'était une histoire en carton-pâte genre "heu boarf on n'a qu'à essayer
hein
on s'aime pas bien enfin pas de ce genre d'amour mais bon
on n'a que ça à faire on n'a qu'à faire ça"

Ça s'est terminé

Voilà toute l'histoire

je l'ai invitée chez ma maman
elle m'a offert comme cadeau d'anniversaire et remerciement d'accueil et
de rupture et de bien ce que je voulais

mon premier disque de Pascal Comelade

Oh Barbara
C'était un merveilleux cadeau
Hey Barbara, merci pour ça !

Hé Barbara aussi c'était une bonne idée
d'arrêter ça

Je ne savais pas bien quoi ressentir pour toi
Je ne te trouvais même pas très plaisante et tu ne m'aimais pas
Tu parlais assez bien français déjà
Pour m'ennuyer - désolé mais c'est vrai
Je t'ennuyais moi sans avoir pour cela à prononcer
un seul mot
je t'ennuyais d'un regard d'un geste d'une absence
Je t'ennuyais juste de moi et moi je m'ennuyais aussi de toi de moi de tout
Ah, Barbara ! Quel ennui !

Et pourtant écoutant le disque que tu m'as laissé
de Pascal Comelade
j'ai appris
Que mes sentiments
Ou mon absence de sentiments
étaient à moi
pour toujours

J'ai pleuré des fois
J'ai rigolé des fois
j'ai pensé à toi Barbara
j'ai pensé à moi François
j'ai pensé très vite et le reste du temps plutôt à tout ce qui n'était
pas toi tout ce qui n'était pas moi
Parfois je ne ressentais presque rien
et la musique était là comme un ami
qui ne dit rien
qui ne juge pas
qui ne fait pas d'efforts pour ne pas juger
qui ne fait pas d'efforts pour être là et se déployer
ou pas
peut-être parce qu'il s'en fout
peut-être juste parce que pour cet ami la musique
ça suffit d'être là

tout le monde prouve et conteste et démontre et arrache
qui des larmes qui des arguments qui des sourires
La musique de Comelade elle s'amuse d'être soi

Je ne sais pas comment le dire
Sans vous ennuyer plus que je ne le fais déjà


souvent la pop démontre et veut dire et s'applique
et tire la manche
à nos sentiments
à nos idées

La musique de Pascal Comelade n'est pas là pour nous convaincre
La musique de Pascal Comelade n'a rien à prouver
Didier Wampas non plus mais là n'est pas le sujet


J'ai connu une Suisse-allemande que je n'aimais pas éperdument pour une fois
et qui m'a sauvé l'ouïe et l'âme
qui m'a appris à prendre le lyrisme pour ce qu'il est :

(aphorisme en cours)

(aucune idée)

non, vraiment pour ce qu'il est

(je ne sais pas il fallait le mot "lyrisme" là
car la lyre est un beau petit objet
un beau petit jouet
et le lyrisme l'art d'en jouer et de s'en jouer
sans le détruire)



Je viens de comprendre pourquoi
Barbara m'a offert ça
Il y avait le morceau
"I put a Barbara Steele on you"

Et j'ai compris le jeu de mots

aujourd'hui

et aujourd'hui

j'ai ri

cependant que mon nouvel ami se déploie
et déploie "el skatalan logicofobism"
qui y était déjà
différemment
dans trafic d'abstraction

et là
moi
ça m'émeut à mort
et la prochaine fois
je ne sais pas

le temps passe
Pascal Comelade est un artiste
L'eau bout à cent degrés celsius
le lyrisme se balade en débardeur
Le lyrisme a des poils qui sortent
et pas de manches
même quand il fait froid

mais le temps passe, oui, et, oh Barbara
je ne pense pas à toi.

Je n'y arrive pas mais je sais
que ça ne te dérange pas

et je t'envoie
ce sourire

Sinon
Une fois
A Rennes
devant un distributeur dont, en somme, je bloquais l'accès
J'ai fait la manche.

Ça n'a pas duré deux heures et
Je ne courais aucun risque
mais voilà

J'ai fait ça.






http://www.adecouvrirabsolument.com/spip.php?article4964
http://www.because.tv/shop/Pascal-Comelade/el-pianista-del-antifaz



Low-fi - Spirale où la portabilité prime sur la puissance

Ce que je peux écouter tant que je ne suis pas chez moi, sur des petites enceintes d'ordi sans avoir à mettre un bordel monstre avec des câbles partout, ou transférer laborieusement du streaming sur des clés : les enregistrements des années 20, les Deity Guns (découverts sur un magnéto mono qui faisait office d'autoradio dans une R5 extrêmement bruyante) et d'autres trucs noisy qui ne privilégient pas les effets subtils et les contrastes de dynamiques. Comme en une phrase je suis déjà trop bavard, je vous mets d'office les morceaux, quitte à en changer la liste après. Une sélection pour l'audiophobe perverti donc, par opposition bête et méchante à toutes celles destinées aux audiophiles avertis.


Requesciat in pop - spirale impromptue



Quand j'avais dix-sept ans, DJ Enterrements aurait pu me demander des conseils. Je connaissais par coeur la bande-son de la mort majuscule, de l'exaltation mystique et de l'élan tragique. Requiem de Mozart en indéboulonnable numéro 1, évidemment ; poursuivi par un peloton mené par Schubert, Chostakovitch, et (bon...) les chœurs de l’Église Orthodoxe de Russie. C'était aussi la bande son de mes petites morts retracées fébrilement sur mes cahiers Clairefontaine (c'est une des très rares choses pour lesquelles je ressente une nostalgie vraiment pure et sans mélange ni dérision, l'ancien design des couvertures de cahier Clairefontaine), je l'écoutais en boucle au casque et il m'a fallu acheter plusieurs fois le même disque car mes écoutes répétées mettaient en cause la prétendue inaltérabilité du support CD. Je l'écoutais pour m'exalter. La moindre vétille de regard manqué ou de jus d'orange périmé prenait des proportions lyriques qui m'enchantaient.

10 - Séchage et remballage

Les spirales et leurs entraves. Quelqu'un avait dû laisser une enclume dans la poche d'un pantalon, pendant un temps un essorage apocalyptique a fait vibrer les murs de la plus bruyante des teknos ; on s'entendait fort bien penser cependant, parce qu'on ne pensait que silence et chaos et qu'il y avait de la place; quand on est d'accord avec le monde, on est d'accord aussi avec ses tremblements et ses paniques et l'impression qu'il donne d'être à deux doigts de tout détruire, y compris soi et son linge sale et les bizarreries de sa conscience, regrets et projets, rêves éveillés et pensées magiques, rages plus ou moins détournées et pardons donnés à la volée, sans y penser. Rien ne dure et quand on le sait on peut tout encaisser. Quand on est d'accord avec tout, ce qui nous détruit, ce qui nous embellit, tout ce qui nous oublie et tout ce qui nous aime, les choses et les gens, on n'a plus rien à dire.

Rhythmicon

Je connais bien un peu tout de même John Cage et j'aime beaucoup
Je connais bien pas mal John Cale et j'aime beaucoup
Je ne connais guère John Cape et je crois que je n'aimerais pas trop
Je ne connais guère John Cane parce que je ne m'intéresse guère au catch et qu'il s'agit en fait d'une faute de frappe, son nom réel étant John Cena
Je ne connais guère John Case bien que je m'intéresse un peu au jazz
Je ne connais guère John Cate qui fait de l'americana
A dire vrai je n'ai qu'une vague idée de ce qu'est l'americana
Je ne connais guère John Morrisson Caie parce que malgré mon propre nom je ne pratique pas le Doric et que je n'ai pas trouvé de traduction de l'un de ses plus célèbres poèmes, The puddock
John Cave me paraît un guitariste honnête avec un joli site pop art
John Cake est un pseudonyme malicieux je pense,

Mais j'ai un faible pour John Came, démonstrateur inactuel du Rhythmicon, première boîte à rythmes, machine polymorphe et quasi-centenaire dont j'ignorais l'existence jusqu'à aujourd'hui,

(peur du vide)
Ce même John Came qui a sorti outre cette délicieuse vidéo, si l'on en croit son générique, un album chez Mute Records en 1995,
Que je serais curieux d'écouter.

9 - Recherche d'empois



Voilà donc en somme, mélodisme ironique, incomparatisme sauvage, culottes, slips, tricots de peau et maillots de corps se bousculant avec une molle violence de ralenti dans le tambour obstinément lancinant, comme traçant une route qui ne bouge pas dans l'axe parcimonieux d'un chien attaché par une laisse à un arbre qui n'en finit pas de ne porter de fruits qu'amers, pour ainsi dire, et cette autre notion inutile à laquelle je pensais tantôt marchant vers le buraliste et qui m'aurait même fait sourire dans ma spirale autour de l'arbre, et réduisant encore l'angle déjà tout parcimonieux la corde s'enroulant, vous voyez très bien ce que je veux dire, ça ira comme ça, oh laisse d'aucun maître, oh laisser aller circonscrit circonspect, oh chien vague et suspect, andalousie, surréalité démontée par d'obscurs réquisitoires, plaintes d'X contre X aux motifs ambigus, plainte plainte plainte et spirales spirales spirales, et chaussettes, acryliques étiolés, cotons mélangés, tout à 60 degrés de colère impossible à placer, de colère à crédit non accordé, de colère surendettée, colère sourde et immobilière, colère meuble et inculte, colère invalidée, sur des voies de lavage interdites aux poids-lourds, aux poids plumes, sur des contresens réversibles en guise de voies sans emprunt, que nul n'emprunte parce que personne n'y croit, que nul croisé ne chemine parce que croisade sans croix, ou quelque chose comme ça, voilà, en somme.

8 - Mélodisme ironique et patati-patata




Nous connaissons la laverie. Nous connaissons la boulangerie. Nous connaissons les rues sales et les façades décrépites. Nous connaissons la vieille chanson française et les sous-vêtements congrus. Nous connaissons les grands classiques et les petits insectes. Nous sommes familiers de la poussière et des récits bien ordonnés qui commencent par nous-mêmes. Nous sommes notre propre miroir et nos premières personnes. Nous connaissons nos lacets défaits et nos semelles disjointes. Nous sommes adeptes et dépendants et nous sommes faibles et soumis. Nous sommes seuls et rebelles et nous sommes gracieux et pleins d'humour. Nous sommes lus. Nous sommes ignorés. Nous sommes vivants et nous sommes usés, travaillés, acculés, éculés. Nous nous connaissons par le bout des ongles sales, nous nous comptons sur cinq doigts valides et jaune nicotine. Nous savons à force ce qu'il convient d'éviter de connaître, nous nous spécialisons, nous nous protégeons. Nous refusons et nous accusons, nous nous singularisons, nous nous mettons en porte-à-faux. Et en un mot tout cela nous broute. Et nous toussons, nous toussons. Tous nous toussons. Nous ne savons même pas exactement ce que nous voulons dire et nous pensons qu'il s'agit certainement, ce qu'on veut dire, de quelque chose qui existe quelque part dans un autre livre, un vrai, avec des mots plus justes et une coulée plus ample et des tas d'horizons imprimés sur papier. Nous nous portons de plus en plus à faux. Et nous nous disons :

7 - Onde verte et salopettes






C'était mon anniversaire - ce sont des choses qui arrivent, même si on ne les souhaite à personne - alors je me disais, "c'est le jour où se faire plaisir, c'est le jour où être un peu fou" - suis passé au rouge sur le boulevard où les voitures roulent vite. J'ai vu la Renault quelque chose blanche avancer vers moi et je lui ai jeté un regard qui avait pour exacte signification : "Ne m'écrasez pas s'il vous plaît, c'est mon anniversaire aujourd'hui. Pas que je tienne absolument tous les jours à rester vivant, mais aujourd'hui je répète et ça m'embêterait de mourir." Mais j'étais déjà sur le trottoir, à peaufiner ma fin de phrase, à l'heure où la voiture traversait tranquillement la route. Avait-elle entendu mon regard ? Je ne pense pas, elle devait avoir d'autres choses à faire, rouler droit, surveiller son allure, par exemple. Anniversaire ou pas, je suis devenu et reste un piéton prudent : les crashes, les rencontres impromptues et les coïncidences me sont comptés. La roue voilée a un tout petit peu tourné, il m'arrive désormais plutôt rien que n'importe quoi.

6 - Questions de fonds




Et je pense à présent aux couvre-lits ondulés qu'on voyait partout dans la vie américaine de "motels minables" qu'on s'était inventée, pas loin du bidon de médiators émergeant du chaos domestique, dans laquelle le nouveau punk-modèle, la figure du punk, piochait avec nonchalance américaine entre deux actes délictueux, dans un style américain d'auto-destruction cool, comme d'autres égrènent les versets des vraies bibles américaines de motels minables.

5 - Anti-brouillard et fil d'écume

Où en étions-nous déjà ? Le linge danse ; spirales et circonlocutions. Il y aussi un fil qui se défait à chaque tour et à chaque fois. Il est orange, a peut-être été rouge et a démissionné de son pli pour voyager à travers les autres tissus. Il se déroule sans fin et semble appartenir à tous. Il est témoin de l'effilochage général et fil mutin qui dévêt tout. Il est le lien et la rupture, l'histoire sans fin ni commencement. Tout ne tient qu'à ce long fil enquiquinant, et rien ne tient que ce fil. Parque, y-es-tu ? Destinée itou ? Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? Toujours super rien.

Oh, tangentes.

4 - Titre percutant






De grands moments vides où rien ne convient, mais rien ne gêne trop non plus. On commence à se dire qu'il serait bon d'arrêter le tabac parce qu'il est néfaste et cher ; qu'on n'est plus si jeune (ce ne serait pas un jour où on se sentirait horriblement vieux, juste "plus si jeune" : se confrontant au temps avec plus de réticence que de révolte, renâclant gentiment mais ouvert à toute éventuelle négociation, plutôt que déterminé à lui tourner le dos - prêt à remplir à un formulaire puis à faire la queue au guichet des réclamations du temps - résigné à une patience d'usure ["life is fair but so uncool"] dans le protocole du procès contre le temps - "plus si jeune" et à la même enseigne que tout le monde, mesquin et commun, avec seulement des phrases plus longues et un petit air d'on-ne-sait-pas-où-il-veut-en-venir, avec une pointe de dites-moi-on-dirait-même-qu'il-le-fait-exprès-et-que-ça-le-fait-sourire), arrêter le tabac et faire taire un peu cette musique jamais trop utile et chère aussi, très chère musique, très cher art pauvre, très cher minimalisme de minimas sociaux, on pourrait arrêter aussi le chocolat, la libido, le délire poétique, les amis, on pourrait arrêter aussi d'arrêter, arrêter le renoncement, arrêter l'esprit d'entreprise, arrêter la déprime de n'en faire pas assez, la flemme d'en faire trop, l'écoulement indéfini de cette phrase et juguler le flot incoercible de nouvelles phrases bondées de petits mots qui ne supportent pas la promiscuité, tous ces mots serrés contre d'autres dans ce wagon de métro bancal qui a gardé l'odeur de cigarettes des années soixante-dix, tous ces mots qui rêvent d'exprimer leur individualité et qui "se font tout petits dès qu'ils peuvent en dire un mot" - les petits mots qui se font tout petits quand ils peuvent en dire un mot, l'excès de citations de Dominique A et autres mantras du métro, autres mantras du métro, des jours où tout arrêter mais pas trop, disons que ça ne se verrait pas tellement, même par l’œil intérieur, peut-être parce que - certains jours - on n'a pas trop l’œil intérieur en face du trou intérieur - et qu'on ne demande qu'à biaiser, biaiser à perdre alien, pardon, pardon, d'accord, d'accord, je retourne dans la file et j'attends poliment.