Para ver as meninas

 Alors si est-ce que je parlerais de cette chanson, je ne la sais toujours pas jouer mais d'apprendre j'en trouve toujours quelque chose comme qui dirait à penser
j'ai cru écrire un livre tantôt de cette chanson mais je m'a suis trompé
ce n'était pas le bon livre et pas la version originale
ce n'était pas ma version originale de la chanson que je m'en suis trompée
c'était Marisa Monte, ah magnifique c'est vrai
mais la gravité même de sa version, sa version finalement plus fado que samba,
sa douleur, c'était, c'était l’œil ouvert c'est-à-dire le clin d’œil inversé
j'ai cru être profond en m'enfonçant dans la profondeur
mais je n'ai fais qu'enfoncer ma légèreté ce qui donne oh
tien le Muray/Lévy de mon frère que j'ai laissé dans la boîte aux livres de l'épicerie fermée
ce qui donne grinçons il en restera toujours quelque chose
ce qui donne qu'il n'en reste rien qu'une honte de n'avoir pas su chanter 
grincer dans le sens du vent n'est jamais bon et Muray et mon grand frère se trompent mais c'est un autre sujet
le sujet c'est comme le titre, celui de la version c'est un Samba sur l'infini
beau titre mais l'original est Pou mater les nénettes
bon il y a un r normalement mais j'aime cette faute de frappe créolisante
l'originale version n'a rien d'embourgeoisé et tout d'étranger à soi-même même
l'ode à la légèreté et le samba sur l'infini vont de pair et le versant Monte touche direct c'est vrai
mais le versant Paulinho da Viola fait goûter le mystère vrai sans y toucher
la chanson s'attarde comme ça sur des mots ambigus et flottants, des mots vagues qui en disent d'autant long
defeitos
défauts, manquements, mais aussi un peu 
défaites, défections
je ne veux plus entendre parler de mes 
defeitos
c'est la chanson et j'aime cette pause
même s'il faut savoir que je ne maîtrise pas aussi bien le portugais
que je le rêve
je le rêve très bien et je me plante peut-être sur ce mot
mais j'aime ce plantage plus vrai que
réécrire un Samba sur l'infini en oubliant de mater les nénettes
la beauté de cette chanson est son ambivalence légèreté (souhaitée, chantée)
gravité de la rupture et de la mort
comme dans toutes les bonnes chansons c'est de la mort qu'il s'agit 
Marcia Baila si tu nous entends
bon je m'égare mais comme il faut
"ce type d'amour
décontrac-té"
parler d'un kind of love dans une chanson d'amour, je ne connais que Lou Reed qui s'outrecuide à ça
et ce vague à l'ême à tout, ce vague aux mots aussi, se traduit dans ces harmonies retombant comme il faut mais tronquant, dispersant, délayant leurs résolutions inévitablement attendues
"une pause de mille temps" ou "mille mesures" peut-être
oui comme Brel par hasard
une suspension longue traduite harmoniquement mais coquine dans l'originale et plus appuyée, plus conceptualisée dans la version de Marisa Monte dont non je ne dirais pas de mal car je n'en pense que du beau
le truc c'est dingue c'est d'avoir mis autant de temps en tant que musicien à me décider à me pencher sur les accords de cette chanson
sur comment elle est foutue pour de vraie, comment composée, 
sans me rendre compte que je me murais exactement comme ce dont la chanson parvient à sortir son personnage
je me mure dans un mystère qui n'est pas vrai
qui est une composition, une composition que je ne savais pas jouer dont je ne savais pas de quoi elle était faite
je mate les chansons comme le type de la chanson mate les meninas
sans méchanceté bien sûr, sans perversité dégueu mais en s'enfonçant dans une mollesse qui n'est que jouée
puisque la chanson elle, qui elle est bétonnée jusqu'au plus fin détour, est là

Kundera parle de ça en fait
du dénigrement du léger qui fait office de philosophie
et je risque de revenir à Muray, pitié non
mais bon en tout cas je ne connais pas beaucoup de chansons sur ça
et
la voilà
elle parle de ça aussi, à la fois :
calme le jeu, descends de tes grands chevaux
sors du cercle reproche et trahison et patati patata
dégonfle, mec
et en même temps :
bosse donc, mets toi à l'écart serre les dents
et profite d'une pause de mille temps
pour peaufiner dans ta peau ce samba sur l'infini

(Bien sûr ce qui sautera aux oreilles est l'injonction paradoxale au silence

et la chanson est aussi une carte postale de ce paradoxe-là, de ce nulle part d'où l'on nous écrit

je n'en parlerai sans doute pas une autre fois)




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