C'est une boîte à rythmes, la liberté dans la répétitivité, haut bas plaisirs sans solde, retenues, soupirs, puis la même chose à recommencer et encore des milles degrés d'écoute qui font qu'après tout rien ne se répète jamais. L'amour dans la répétitivité et les pulsations régulières, les battements de portes qui claquent et les pas intégrés un à un dans leur petit casier chacun sur les patterns hexadécimaux. Les coups portés qu'enrobent des silences, les tensions et les relaxes. Le ballotage en urnes à ciel ouvert. L'argent dans la répétitivité, creux et bosses, cassis et dos d'âne, accents, appuis et démissions - simulacre de fonction sociale à régler des rêves en quantifiant leurs swings. C'est une boîte où les rythmes s'échangent des pôles et inversent leurs phases, se claquent et forniquent, s'échangent des armatures et se mettent hors de portée. La question c'est toujours mais encore, voici de petits systèmes bâtis sur ce qu'ils oublient d'imiter, voici de petits systèmes vaillants et pleurnichards, de braves petits systèmes indépendants tenus en laisse, de bons gros systèmes monétaires internationaux, nous évacuons la bourse, et régulons de petits cours d'eau à vide. C'est une boîte à rythmes têtue et bête, avançant droit toute seule, nulle part. Ce sont de petites caisses claires fauchées qui aspirent à l'absolu mais sont frappées d'asthme, et des grosses caisses portables où l'art imite l'art pour l'art, où la vie est bien absente, exotique, hors-sujet et exsangue et sujette à des passages, couloir désert d'aucune chambre, d'aucun hôtel. Voici de petits systèmes mineurs bâtis en moins d'une demie-heure, creusant comme amoncelant à chaque fois d'autres vides, voici les pouls croisés d'animaux électroniques, voici de la technicité et de l'efficacité, la rigueur des temps comptés, la liberté dans la répétitivité.
Voici de petits
colimaçons tout écrasés, des focales, voici l'éboulis du style qui ne
trouve plus rien à décrire dans son dénuement que son propre déploiement
en pattern hexamétrique. Gratuite, c'est une boîte à rythmes qui rêve
de saccages authentiques, où chaque coup pèserait dans des balances
tragiques, à tout prix. La poésie d'apothicaires et son bagage
d'auto-dérision ne nous ont jamais suffi, et ces échos légers, cette
repisse du monde à travers eux, ce bruit résiduel brouillon, ce lointain
simulacre et filigrane est tout ce que n'a jamais qu'été le monde à
soi. Nous n'avons jamais suffi non plus, nous n'avons jamais été
suffisants dans le monde qui ne s'est jamais, non plus, suffi de lui.
Rien ne suffit en somme, rien n'est jamais assez, et s'arrêter non plus -
interrompre les marches vaines de petits soldats électroniques en bits
hexamétriques, n'est jamais que suspendre et ce rien qui ne suffit pas
toujours continue. Et c'est toujours l'attente d'un coup qu'un coup
provoque et subit. Et c'est toujours l'attente qu'un coup d'un coup
provoque et subit. C'est une boîte à rythmes et de nouvelles choses
qu'on cherche à dire, elles sont tapies dans des entrelacs, elles font
les interstices, elles sont aux bords des autoroutes et ne nous
appartiennent pas. Ce n'est pas qu'à nous qu'elles ne suffisent pas.
C'est une boîte à rythmes et la beauté vient par surcroît, pas de là où
l'on croit, elles se déclenchent seules et s'auto-stoppent, les beautés,
et c'est à plus de choses que seulement soi qu'elles ne suffisent pas,
aux bords des routes, entre les barres, hors de portée, à aucune mesure.
Le petit système à l'éternelle sempiternelle pompe, le petit système de
sentinelles soldats veillant sur soi, s'auto-manquant comme d'autres
s'auto-suffisent, le petit système d'automates avides d'auto-stoppeuses
égarées, le petit système fantasmatique ratissant les bords d'autoroutes
dans un sens puis dans l'autre, puis dans le même et puis dans l'autre,
le petit système de quête de beauté à l'envers et dans les côtés, le
petit système mendiant les miettes de beauté dans les à-côtés de
patterns contrôlés, le petit système de manques et d'attentes, le
système sériel addictif, les petits schèmes calibrés, les tout petits
systèmes ondulant du bassin comme des bilames pour se roidir encore, les
petits systèmes qui dansent binaires, pencher-se redresser, pencher-se
redresser, les petits systèmes se mettent à désirer. Gonflés d'autres
désirs les petits sons idiots ne s'écoutent plus et dansent vers
d'autres. D'oasis des soifs naissent.
Quelque chose
réussit parfois. Quelque chose que le petit système ne compte pas. Il y a
un oubli qui est comme la foi, et qui se gagne à coups de doutes, et
qui se perd en route.
"Il y a comme la foi un oubli,
petite envie. Et je porte en toi cet oubli. Ces choses de religion se
perdent, et je n'irai pas m'en plaindre, à personne, ou en prier vers
rien. Je porte vers toi cet oubli comme en d'anciens temps la foi." -
"je porte en toi mon oubli de toi, comme un bijou qui n'existe pas. Une
bretelle transparente. Je transporte cet oubli tendre. J'ai bu les lies
de nos sarcasmes, et nos croisades en circuits fermés se sont tues,
dispersées. Nous sommes évacués. Ce qu'il y avait d'amer s'est effacé,
les surenchères sont closes. A la foi, l'oubli, à la prière la
démission, aux suppliciés les crevards, les saints à la retraite, au
placard le démon, miroir aux alouettes, petit système d'illusions
croisant les ombres à d'autres systèmes, petit système de substitution,
petit démon qui fout en l'air toute tentative de leçon." - "Oh, il ne
fallait pas tant parler pourtant. J'y ai cru un instant." - "C'est le
mieux qu'on puisse attendre, d'y croire un instant, et des pluies
d'envies de moi découlent, tu sais. Tout n'a qu'un temps, comme dans tes
boîtes vidées puis ressuscitées. A d'autres, amen."
Oh,
il ne fallait pas tant parler. C'est une boîte à rythmes, le déploiement
bancal et hésitant de petits systèmes en quête d'autonomies, la leur ou
celles d'autres, indifféremment. Indifféremment comme le battement
obtus de petites boîtes à rythmes. Leurs scintillements et leurs
défaites. Leurs jeux de reflets sur de faux océans reconstitués. De
petites machines à recommencer la soif. De petites oasis naissent des
soifs de petites oasis d'où naissent des soifs de petites oasis.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire